Synopsis : Une jeune fille disparue dans le désert égyptien réapparaît mystérieusement huit ans plus tard. Mais les retrouvailles tournent vite au cauchemar. Alors que son comportement devient de plus en plus inquiétant, sa famille se lance dans une course contre la montre pour comprendre l’origine du mal. Ce qu’ils vont découvrir dépasse tout ce qu’ils imaginaient.

Ressenti : Ce qui saute immédiatement aux yeux avec « Lee Cronin’s The Mummy », Le titre officiel en Anglais retraduit par Le Reveil De La Momie. Oui, c’est bien son nom officiel et c’est suffisamment déroutant pour qu’on s’y attarde dès le départ. Cette précision sert surtout à distinguer légalement le nouveau film de Warner Bros. de la célèbre franchise Universal, vieille de près d’un siècle et extrêmement lucrative. Les momies appartenant au domaine public, tout le monde peut en faire des films, mais la confusion des marques reste un vrai enjeu. Résultat : si un autre studio se lance dans une histoire de momie, il doit impérativement affirmer sa propre identité… et le faire très clairement.
Après avoir autant insisté sur le fait qu’il s’agit d’un film de momie , mais pas celui auquel on pense : il est assez surprenant de constater que « Lee Cronin’s The Mummy » n’est, au fond, presque pas un film de momie. Certes, une momie est bien présente et le film regorge d’horreurs surnaturelles, mais Lee Cronin relègue cet élément au second plan. Son nouveau long-métrage ressemble d’ailleurs beaucoup à son précédent, « Evil Dead Rise » : dans les deux cas, des familles sont littéralement et émotionnellement déchirées après la possession d’un proche par une entité démoniaque. Et dans les deux cas, le résultat est particulièrement gore. Autrement dit, même si tout évoque « Evil Dead », ce film-ci, officiellement, ne l’est pas.

Charlie (Jack Reynor) et Larissa (Laia Costa), deux Américains installés au Caire ou lui est journaliste, elle médecin mènent une vie si chargée qu’ils ne remarquent pas que leur fille Katie (Emily Mitchell) s’est liée avec une étrange présence. Lorsqu’elle est enlevée, elle disparaît pendant huit longues années, avant de réapparaître dans des circonstances improbables : à l’intérieur d’un sarcophage ancien sur le site d’un crash aérien mystérieux.

De retour chez eux, à Albuquerque, Katie désormais interprétée par Natalie Grace est profondément traumatisée, presque catatonique, sujette à des accès de violence incontrôlables et marquée par de graves blessures physiques. Le fait que ses parents souhaitent la réintégrer dans leur vie est compréhensible, mais lui confier des soins constants sans assistance ni suivi médical sérieux relève presque de la négligence. D’autant plus que son corps se décompose par lambeaux et qu’elle vomit une substance corrosive, tout en manipulant psychiquement les membres de sa famille les uns contre les autres.
Si les événements violents sont inévitables, Cronin prend son temps avant de plonger dans l’ultraviolence. La partie centrale du film tente de construire une tension progressive, avec un certain succès. On s’attache à cette famille et leur plus jeune fille Maud, leur fils Sebastián et la mère de Larissa, Carmen notamment lorsqu’ils choisissent d’ignorer les signes évidents d’horreur pour préserver une illusion de normalité. Mais à force, cela devient peu crédible. Lorsque Charlie décide enfin d’enquêter sur la disparition de Katie pour comprendre ce qui lui est arrivé, le film présente cela comme un défaut de caractère, alors qu’il s’agit simplement d’une réaction logique.

Si Cronin maîtrise parfaitement la dimension émotionnelle de son récit, il peine davantage à structurer son intrigue. Ce défaut passe inaperçu dans un film comme « Evil Dead Rise », où l’histoire se résume à un livre démoniaque transformant les gens en monstres. Mais ici, l’intrigue se veut plus complexe, avec de nombreuses explications et une sous-intrigue impliquant une enquêtrice égyptienne, Dalia, à la poursuite des ravisseurs de Katie. Plus le film avance, moins tout cela semble cohérent, même du point de vue des antagonistes. Lorsqu’on découvre enfin leurs motivations, il apparaît clairement que Katie n’avait rien de particulier justifiant son enlèvement bien au contraire, kidnapper une Américaine attirait inutilement l’attention. Paradoxalement, c’est l’élément « momie » lui-même qui alourdit le film.
De toute évidence, Cronin s’intéresse davantage au drame familial qu’à l’aspect mythologique. Il raconte avant tout l’histoire sombre d’une famille déjà fragilisée, qui s’effondre encore davantage en tentant de s’occuper d’un enfant traumatisé et dangereux. Le propos est fort et parfaitement adapté au genre horrifique, mais la conclusion n’est pas à la hauteur. Le dénouement repose davantage sur des artifices surnaturels et des facilités scénaristiques que sur une véritable évolution des personnages. Quant à la fin ajoutée, elle semble surgir de nulle part, comme une décision de dernière minute imposée en production.

Reste que Le Réveil de la Momie est avant tout un film d’horreur et de ce point de vue, il est redoutablement efficace. Cronin excelle dans la mise en scène de mutilations humaines, un talent discutable dans la vie réelle mais presque indispensable dans le registre du gore. Il installe ses personnages, les rend attachants, puis s’emploie méthodiquement à les briser, physiquement comme mentalement.
Le film fait grimacer le spectateur toutes les quelques minutes, ce qui suffit à en faire une recommandation solide pour les amateurs de sensations fortes. Mais cela ne suffit pas à en faire une grande œuvre, avec ou sans momie. Le Reveil De La Momie est un film d’horreur solide visuellement, avec de bonnes idées de mise en scène mais freiné par sa durée et son manque d’originalité.







