Synopsis : Une femme accepte un poste de gouvernante dans un immeuble de grande hauteur à New York, ignorant l’historique de disparitions du bâtiment. Elle réalise bientôt que la communauté est enveloppée de mystère.

Ressenti : Dans un immeuble ultra-luxueux et verrouillé comme un piège, une jeune femme se retrouve traquée par une élite décadente prête à la sacrifier au Diable en personne. Ces riches privilégiés, qui ont littéralement vendu leur âme, appartiennent à une secte satanique où le sang des innocents est le prix à payer pour conserver pouvoir et richesse. Sauf que cette fois, la proie n’est pas celle qu’ils imaginaient.
La jeune femme en question n’a rien d’une victime. Dotée d’un instinct de survie redoutable et de compétences physiques impressionnantes, elle va transformer cette chasse en véritable massacre. À ses côtés, sa sœur cadette avec qui elle était en froid depuis des années devient une alliée inattendue. Leur relation apporte une dimension émotionnelle, même si celle-ci reste en arrière-plan face à la déferlante de violence.
Oui, le pitch rappelle fortement Ready or Not 2 et difficile de ne pas y penser en découvrant They Will Kill You, premier film américain de Kirill Sokolov. D’autant plus que Warner Bros. n’aide pas en sortant les deux films à une semaine d’intervalle. Résultat : la comparaison est inévitable… et pas toujours à l’avantage de ce nouveau venu.

Très vite, le film donne l’impression d’un déjà-vu. Trop proche dans ses mécaniques pour surprendre les amateurs de horror-comedy, mais pas assez distinct pour marquer durablement le grand public. Et pourtant, malgré ce constat, They Will Kill You reste étonnamment efficace dans ce qu’il propose.
L’histoire suit Asia Reaves (Zazie Beetz), ancienne détenue qui part à la recherche de sa sœur Maria (Myha’la), laissée derrière elle des années plus tôt dans un foyer violent. Sa quête la mène au Virgil, un immeuble new-yorkais chic et mystérieux. Engagée comme femme de ménage par la troublante Lilith (Patricia Arquette), Asia devient rapidement la cible d’un groupe de résidents masqués, parmi lesquels Kevin (Tom Felton) et Sharon (Heather Graham).

Mais grosse erreur de casting pour la secte : Asia est lourdement armée (oui, même un katana est de la partie) et surtout, elle est prête à découper tout ce qui bouge.

Là où le film fonctionne immédiatement, c’est dans son rythme. Kirill Sokolov ne perd pas de temps en exposition inutile et plonge directement dans l’action. Et quelle action. Les scènes de combat sont brutales, stylisées, parfois excessives, mais toujours lisibles et jouissives. On sent clairement les influences : Tarantino, Sam Raimi, le chambara japonais, voire même une touche de western à la Sergio Leone dans certains plans.
Le film assume totalement son côté “patchwork de références”, et ça fonctionne parce que Sokolov ne cherche jamais à intellectualiser son approche. Il balance tout dans le mix avec une énergie communicative, et ça fait plaisir à voir. Mais voilà, ce style débordant cache aussi le principal défaut du film : son manque cruel de profondeur.

Sur le papier, They Will Kill You avait de quoi raconter quelque chose de fort. La lutte des classes, les élites corrompues, le racisme (les domestiques sont majoritairement des personnes de couleur, les riches sont blancs), ou encore la symbolique infernale avec cet immeuble inspiré de L’Enfer de Dante. Sauf que tout ça reste en surface.
Le concept des étages thématiques est particulièrement frustrant : brillant sur le papier, à peine exploité à l’écran. Chaque niveau devient simplement un décor interchangeable pour les combats, sans véritable identité ni progression narrative. Le film avance comme un jeu vidéo, enchaînant les “niveaux” jusqu’au boss final, spectaculaire mais émotionnellement creux.
Même le fonctionnement de la secte reste flou. Sont-ils prisonniers du Virgil ? Reviennent-ils simplement pour leurs rituels ? Le film ne prend jamais le temps de développer son propre univers.

Côté casting, Zazie Beetz écrase littéralement le film. Elle s’impose comme une véritable héroïne d’action, mélange parfait de puissance physique et de timing comique. Elle dépasse largement le cliché de la “final girl” pour devenir une figure badass qu’on a envie de revoir immédiatement dans ce type de rôle.
Myha’la apporte une touche émotionnelle crédible, tandis que Heather Graham s’amuse clairement dans son rôle déjanté. Tom Felton et Patricia Arquette ajoutent quelques nuances, mais restent globalement sous-exploités.
Visuellement, le film est un régal. La photo de Isaac Bauman sublime chaque scène, et la bande-son, bourrée de morceaux bien sentis (dont Dead Man’s Bones, le projet musical de Ryan Gosling), renforce l’énergie du film.

Au final, They Will Kill You est typiquement le genre de film qu’on qualifiera de “plaisir coupable”. C’est fun, violent, stylé… mais aussi frustrant. Parce qu’on sent qu’il y avait matière à faire beaucoup plus qu’un simple rollercoaster sanglant.
Reste une chose certaine : Zazie Beetz en héroïne d’action, on en redemande. Et Kirill Sokolov, malgré les défauts, prouve qu’il a un vrai sens du spectacle. Avec un scénario plus solide, son prochain film pourrait clairement franchir un cap.
Malgré ses faiblesses scénaristiques et son manque d’originalité profonde, They Will Kill You reste un divertissement très efficace pour les fans de gore et d’action horrifique décomplexée, avec une mise en scène énergique et une Zazie Beetz crédible dans le rôle de l’héroïne survoltée.
une curiosité bien fichue, plus fun et dérangeante qu’indispensable, mais qui vaut le coup si tu as envie d’un film violent, très jouissif et assumé.









