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Critique de film : Trash (2026)

Synopsis : Un ouragan de catégorie 5 dévaste une ville côtière, et la tempête apporte dévastation, chaos et quelque chose de bien plus effrayant : des requins affamés.

Ressenti : Netflix est devenu au fil des ans, un refuge pour les films en quête d’un dernier port d’attache et cette île numérique où échouent les projets que les grands studios abandonnent en mer. Avec ses 18 milliards de dollars dépensés l’an dernier en contenu et son besoin constant de nourrir des millions d’abonnés, la plateforme agit parfois comme un recycleur d’œuvres orphelines : elle accueille ce que d’autres ne veulent plus. Et c’est justement le cas de Thrash, ex‑Beneath the Storm, autrefois destiné à une sortie cinéma sous la bannière de Sony, puis brièvement renommé Shiver avant d’être refourgué sans cérémonie au géant du streaming.

Dès ses premières minutes, Thrash laisse flotter comme une odeur de projet abandonné. Ce n’est pas toujours mauvais signe, bien sûr : certains transferts ont donné naissance à de vraies pépites (Annihilation, Fear Street, KPop : Demon Hunters). Mais ici, rien ne surnage. Le film ressemble davantage à un produit de sauvetage qu’à une nouvelle création. Un naufrage technique et esthétique qui transpire la précipitation : montage erratique, décors sans âme, rythme déboussolé. Même visuellement, le film trahit son origine incertaine. Là où les productions de studio et même les plus faibles  ont au moins une certaine brillance, Thrash évoque un téléfilm de la Sharknado Week de SyFy, tout en surfaces plates et faux éclats numériques.

Alyla Browne, Stacy Clausen, et Dante Ubaldi dans Thrash (2026)

Ce sentiment d’artificialité s’impose dès le générique. Réalisé par un Norvégien, situé aux États‑Unis, tourné en Australie avec une majorité d’acteurs locaux et une actrice britannique qui se force à jouer américaine… Le mélange est aussi improbable que confus. Tommy Wirkola, à qui l’on doit les réjouissantes folies Dead Snow et Violent Night, s’aventure ici sur un terrain qui ne semble pas lui correspondre : le vrai suspense. Son goût pour la dérision et l’absurde, si efficace dans ses précédents films, se retourne contre lui. Au lieu de tension, il offre des scènes qui se désamorcent d’elles‑mêmes, incapable de faire exister la peur ou de nous faire croire à la menace.

Critique de film : Trash (2026)
CONCLUSION
Le film est « honorable » en tant que divertissement Netflix d’urgence pour un soir de canapé sans exigence, mais globalement inutile car mal mené et sans véritable ambition horrifique ou cinématographique qui reflète un contenu qui ne tombe pas dans le nul total mais qui reste oubliable, sans scènes marquantes, sans personnage à retenir, et sans réelle cohérence entre son côté « catastrophe » et son côté « requins »
Note des lecteurs4 Notes
POSITIF
Concept accrocheur : l’idée d’un film catastrophe animalier, avec une grosse tempête qui devient un buffet à requins, reste fun à annoncer et peut séduire un public de fans de films « B » à requins.
Rythme rapide et divertissement immédiat : le film évite de s’ennuyer trop longtemps, avec une succession de scènes de montage rapides, d’explosions et de crocs, ce qui peut convenir à un visionnage Netflix sans prétention
Chroma et ambiance « chaotique » assumée : certains spectateurs accrochent à l’aspect « trash assumé », avec une surenchère de clichés (hurlements, eau CGI, gros plans sur les dents) qui rappelle volontairement les classiques B‑movies de requins
NEGATIF
Mise en scène brouillonne et image peu crédible : la plupart des critiques soulignent une réalisation peu soignée, avec beaucoup de fonds verts, de CGI approximatifs et une eau qui ressemble davantage à un studio qu’à une vraie catastrophe, ce qui brise toute immersion.
Scénario très creux et explications ridicules : le récit avance sans vraie construction, avec des pseudo‑justifications scientifiques faciles et des enchaînements d’actions incohérents, ce qui donne l’impression d’un film qui se contente de vomir des situations sans les penser.
Personnages inexistants et interprétation médiocre : malgré un casting nominatif (Phoebe Dynevor, Djimon Hounsou), les personnages restent des figurines fonctionnelles, sans arc ni profondeur, servant surtout à tomber dans l’eau et à se faire attaquer.
Un « trash » sans véritable esprit : contrairement au Street Trash culte ou aux expérimentations gore assumées, Trash 2026 ne parvient pas à créer une identité : il est à la fois « trop sérieux » pour être vraiment fun et « trop mal foutu » pour être véritablement culte.
2

Sur le papier, pourtant, le pitch avait quelque chose d’humainement terrifiant : une ville côtière américaine balayée par un ouragan qui, en ravageant tout sur son passage, relâche une meute de requins taureaux dans les rues et les maisons inondées. Le concept évoque Crawl d’Alexandre Aja, voire le plus méconnu Burning Bright, où un tigre remplaçait le prédateur marin. Sauf qu’ici, Wirkola en perd la clé : la claustrophobie. Tout est trop dispersé. Au lieu d’un huis clos anxiogène, on passe d’un quartier à l’autre, d’un groupe de survivants à un autre, diluant toute possibilité de tension continue.

Phoebe Dynevor, prometteuse à l’origine, se retrouve prisonnière d’un personnage caricatural : une femme enceinte obstinée qui ignore toutes les alertes pour finir coincée dans sa voiture, en plein déluge. Son histoire aurait pu soutenir le film à elle seule ; elle est expédiée trop vite. Ailleurs, trois adolescents “américains”  joués par de jeunes Australiens qui peinent à masquer leur accent  affrontent les requins dans une intrigue secondaire tout droit sortie d’un script de téléfilm pour ados avec aussi Whitney Peak qui en tant qu’héroine a du mal a convaincre et fait de son mieux. Quant à Djimon Hounsou, condamné, une fois de plus, à n’avoir qu’un rôle de savant de service, il déclame entre deux morsures un monologue didactique sur la biologie des requins qui n’amène jamais la moindre profondeur.

Phoebe Dynevor dans Thrash (2026)

Le résultat, c’est une succession de séquences sans souffle, mal calibrées, où tout ce qui devrait tenir du choc visuel ou émotionnel ressemble à une simulation. Les attaques manquent de brutalité, les effets sonores d’impact et les cadrages d’urgence. Les requins, devenus presque omniprésents, perdent toute force symbolique : ce qui devrait être menaçant, répétitif et obsédant devient un décor familier. À force d’en voir partout, la peur disparaît. Même le fameux aileron qui fend la surface de l’eau, ce signe universel du danger imminent, finit par apparaître comme un accessoire de théâtre.

Si Wirkola avait gardé son humour noir assumé, on aurait peut‑être pu profiter d’un spectacle volontairement pulp, du genre « so bad it’s fun ». Mais Thrash ne choisit jamais. Ni assez effrayant pour tenir comme film de suspense, ni assez extravagant pour devenir comédie de second degré, il flotte quelque part entre deux eaux, incapable de se positionner. Ce flou artistique empêche toute implication du spectateur : on regarde sans ressentir, on subit sans vibrer.

Whitney Peak dans Thrash (2026)

Sur le fond, le film illustre une tendance préoccupante : cette prolifération de production “de recyclage” que Netflix abrite sans valeur ajoutée. Ces films ne sont pas catastrophiques au point d’être cultes, ni assez solides pour intéresser vraiment ; ils remplissent juste le catalogue. Et si Netflix brasse toujours plus de requins (au sens figuré comme au sens propre), Thrash s’impose comme un cas d’école : une œuvre échouée, terne, sans tension, incapable de provoquer quoi que ce soit  pas même une peur instinctive.

On ressort du visionnage avec cette étrange impression que Wirkola voulait tourner un film catastrophe, mais qu’il a fini par réaliser un téléfilm marin. La mer est calme, les prédateurs fatigués, et la peur évaporée. Au fond, Thrash pourrait bien avoir une seule utilité : rassurer les galeophobes. Après tout, il prouve que, dans certaines eaux, les requins n’ont décidément plus grand‑chose à mordre.

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