Synopsis : Lorsqu’une lettre mystérieuse le rappelle à Silent Hill à la recherche de son amour perdu, James retrouve une ville autrefois reconnaissable et rencontre des figures terrifiantes à la fois familières.

Ressenti : Lorsque Silent Hill est sorti en 2006, l’époque n’était pas tendre pour les adaptations de jeux vidéo. Uwe Boll sévissait encore avec ses désastres cinématographiques comme Alone in the Dark et BloodRayne ; les échecs cuisants de Super Mario Bros., Street Fighter ou Final Fantasy : Les Créatures de l’esprit restaient gravés dans la mémoire des joueurs. Cependant, des films tels que Lara Croft : Tomb Raider et Resident Evil commençaient timidement à redorer le blason du genre et ce n’était pas encore brillant, mais c’était un progrès. Pour ceux qui espéraient un film capable de saisir au moins l’essence du jeu original, Christophe Gans proposait alors Silent Hill. Contrairement à beaucoup d’adaptations de l’époque, le film donnait l’impression que son réalisateur connaissait réellement l’univers qu’il adaptait des thématiques du scénario jusqu’à l’atmosphère oppressante propre à la ville maudite.
Après le désastre de Silent Hill: Revelation en 2012, Gans revient deux décennies plus tard avec Retour à Silent Hill, un titre aussi symbolique que prometteur. En collaborant avec Sandra Vo-Anh et William Josef Schneider sur le scénario, il s’attaque cette fois à Silent Hill 2, l’un des jeux d’horreur psychologique les plus acclamés. Mais ce qui était essentiel en 2006 avec un respect scrupuleux du matériau d’origine mais qui ne ne suffit plus en 2026, à une époque où des productions comme The Last of Us et Fallout triomphent sur le petit écran, et où Super Mario Bros. Le Film dépasse le milliard de dollars au box-office. Si Gans avait prouvé jadis sa compréhension de Silent Hill, Retour à Silent Hill démontre malheureusement qu’il n’a plus aucune idée de ce que devrait être une adaptation de jeu vidéo aujourd’hui.

Dès les premières minutes, le film tombe dans le ridicule involontaire. On y découvre James Sunderland (interprété par Jeremy Irvine, vu dans War Horse) sur une route venteuse, écoutant une chanson aux paroles affreusement littérales « All day long I’m racing! ». Il est présenté comme un rebelle caricatural : perruque maladroite, matériel d’artiste épars sur la banquette arrière, joint à la main… puis il frôle Mary Crane (Hannah Emily Anderson) avec sa voiture, et bien sûr, une romance s’ensuit. Des années plus tard, Mary est morte et James, noyé dans l’alcool et le chagrin, reçoit soudainement une lettre d’elle lui demandant de venir la retrouver à Silent Hill, la ville où ils vivaient autrefois. Malgré les avertissements de son thérapeute, il s’y rend, découvrant un lieu totalement déformé : les cendres tombent du ciel, une femme nommée Angela (également interprétée par Anderson) le met en garde, et d’étranges créatures errent dans les rues. Accompagné par Maria (toujours Anderson), James s’enfonce dans cette réalité cauchemardesque à la recherche de Mary.

Retour à Silent Hill tente maladroitement d’être à la fois un thriller sanglant et un drame psychologique ambitieux. Le résultat est un échec total sur les deux tableaux. Gans et ses co-scénaristes adaptent l’intrigue en y ajoutant des éléments comme un accent mis sur le père de Mary ou sur la secte déjà évoquée dans les précédents films mais ces choix s’accordent mal avec la conclusion directement tirée du jeu. L’émotion, censée porter un récit sur la perte, la culpabilité et le deuil, ne prend jamais.

L’un des principaux problèmes réside dans la mise en scène : tout semble artificiel, creux, dépourvu de poids. La plupart du temps, James erre à travers des décors numériques, poursuit par des monstres en CGI, alors que le spectateur comprend très vite ce que lui, manifestement, refuse de voir. Sans base émotionnelle solide, l’histoire s’effondre sous sa propre artificialité.
Gans, Vo-Anh et Schneider essaient de recréer le jeu avec précision, mais le film finit par ressembler à une version « cosplay » en prise de vues réelles. Certains décors pratiques sont fidèlement reproduits, mais cette exactitude visuelle ne suffit pas à compenser la vacuité du récit. Les personnages apparaissent et disparaissent sans cohérence, et les révélations majeures sont expédiées comme des évidences. Même les passages tournés à la première personne alors que le jeu se jouait à la troisième semblent gratuits, uniquement là pour imiter le gameplay sans raison narrative. Retour à Silent Hill aime trop son modèle pour oser l’adapter intelligemment, et cet excès de fidélité finit par le condamner.

Quatorze ans après Silent Hill: Revelation, relancer la série avec le réalisateur du film original et le scénario du jeu culte pouvait sembler logique. Mais entre une mise en scène désastreuse, un jeu d’acteur médiocre et un univers sans consistance (majoritairement généré par ordinateur), Retour à Silent Hill échoue à raviver la flamme. Ce qui devait être un hommage à l’un des chefs-d’œuvre du survival horror devient une adaptation grotesque, prouvant qu’il aurait peut-être mieux valu ne jamais retourner à Silent Hill.



