Cinéma et réalité

“Psychose” : L’histoire vraie derrière Norman Bates et le lien avec Ed Gein

Le Norman Bates d’Alfred Hitchcock est-il vraiment inspiré du meurtrier Ed Gein ? La réalité est beaucoup plus complexe que la légende.

Psychose, le chef-d’œuvre réalisé par Alfred Hitchcock en 1960 avec Anthony Perkins dans le rôle de Norman Bates, n’est pas directement tiré d’une histoire vraie. Le film adapte le roman Psycho de Robert Bloch, publié en 1959. Mais derrière Norman Bates se cache bien l’ombre d’un criminel réel : Ed Gein, meurtrier et profanateur de tombes du Wisconsin dont l’affaire avait éclaté deux ans auparavant. Contrairement à une idée devenue presque aussi célèbre que le film lui-même, Bloch a cependant expliqué que Norman Bates n’était pas une transposition fidèle de Gein : c’est surtout la possibilité qu’un homme apparemment ordinaire puisse cacher des actes monstrueux au cœur d’une petite communauté qui lui inspira Psychose.

Psychose est-il vraiment inspiré d’une histoire vraie ?

Psychose (1960)
Psychose (1960)

Oui, mais de manière beaucoup plus indirecte qu’on ne le raconte souvent.

Lorsque Robert Bloch commence à imaginer Psycho, il vit à Weyauwega, dans le Wisconsin, à une cinquantaine de kilomètres environ de Plainfield, où l’affaire Ed Gein vient de provoquer un immense choc.

Le 16 novembre 1957, la disparition de Bernice Worden, commerçante de Plainfield, conduit la police jusqu’à la ferme de Gein. Son corps y est découvert, ainsi que de nombreux restes humains provenant notamment de cadavres déterrés dans des cimetières. L’enquête reliera également Gein au meurtre de Mary Hogan.

Robert Bloch
Robert Bloch

L’affaire devient rapidement l’une des histoires criminelles les plus macabres de l’Amérique des années 1950.

Mais Robert Bloch ne disposait pas encore de tous ces détails lorsqu’il inventa Norman Bates.

Robert Bloch n’a pas créé Norman Bates en copiant Ed Gein

C’est probablement le point le plus important lorsqu’on raconte l’histoire vraie derrière Psychose.

Au fil des décennies, Ed Gein a régulièrement été présenté comme « le véritable Norman Bates ». Cette formule est efficace, mais elle est trompeuse.

Lors d’un entretien donné en 1991, Robert Bloch fut particulièrement clair : il affirma ne pas avoir utilisé Gein comme modèle direct pour Norman Bates.

Ce qui l’avait fasciné était essentiellement le contexte.

Comment un individu pouvait-il vivre pendant des années dans une petite ville où tout le monde semblait connaître tout le monde, tout en dissimulant une réalité aussi terrifiante ?

Bloch expliqua qu’il connaissait très peu de choses sur les actes précis de Gein au moment de l’écriture. Il partit donc de cette idée d’un homme banal, intégré dans son environnement, derrière lequel pouvait se cacher un monstre.

C’est cette situation, davantage que la personnalité de Gein, qui donna naissance à Norman Bates.

Qui était Ed Gein, l’homme associé à Psychose ?

Edward Theodore Gein
Edward Theodore Gein

Edward Theodore Gein naît en 1906 dans le Wisconsin.

Il grandit dans un environnement familial particulièrement isolé. Sa mère, Augusta, décrite comme autoritaire et extrêmement puritaine, enseignait notamment à ses fils que le sexe et les femmes étaient associés au péché.

Après la mort de plusieurs membres de sa famille, dont celle de sa mère en 1945, Gein reste seul dans la ferme familiale.

À partir des années suivantes, il commence à profaner des tombes afin de récupérer des cadavres de femmes récemment enterrées.

Lorsque la police fouille sa propriété en 1957, elle découvre une véritable collection macabre : crânes humains, masques réalisés à partir de peau humaine et divers objets confectionnés avec des restes humains.

Gein avoua également avoir tué deux femmes : Mary Hogan et Bernice Worden.

Il fut finalement reconnu coupable du meurtre de Worden mais déclaré irresponsable pénalement en raison de son état mental. Il passa le reste de sa vie dans des établissements psychiatriques avant de mourir en 1984.

Ed Gein et Norman Bates : quelles sont les véritables ressemblances ?

Edward Theodore Gein
Edward Theodore Gein

Avec le recul, certaines similitudes entre Ed Gein et Norman Bates sont effectivement frappantes.

Tous deux vivent relativement isolés dans une région rurale. Tous deux sont associés à une relation particulièrement problématique avec leur mère. Tous deux semblent extérieurement inoffensifs aux yeux de leur entourage.

Mais plusieurs rapprochements devenus célèbres n’existaient pas lorsque Robert Bloch écrivait son roman, ou ont été considérablement exagérés par la culture populaire.

  • Ed Gein ne possédait pas de motel.
  • Il n’a assassiné personne sous une douche.
  • Il n’a pas conservé le cadavre de sa mère dans sa maison.

Et il ne se déguisait pas simplement avec les vêtements de celle-ci comme Norman Bates.

Norman Bates
Norman Bates

Bloch lui-même insista plus tard sur ces différences, précisément parce qu’il trouvait que le lien entre les deux hommes avait fini par devenir une sorte de légende.

La mère de Norman Bates vient-elle d’Ed Gein ?

C’est ici que l’histoire devient plus troublante.

La relation entre Norman Bates et sa mère Norma constitue évidemment le cœur de Psychose.

Ed Gein avait lui aussi entretenu une relation extrêmement forte avec sa mère Augusta, une femme dominatrice dont les convictions religieuses très strictes auraient profondément influencé son fils.

Cette ressemblance a beaucoup contribué à renforcer l’idée que Norman Bates était directement inspiré de Gein.

Mais Bloch expliqua qu’il ne connaissait pas suffisamment ces éléments lorsqu’il imagina son personnage pour les avoir volontairement utilisés. Il découvrit surtout les similitudes après la publication de son roman.

Il existe par ailleurs une autre théorie selon laquelle certains aspects de la relation entre Norman et sa mère pourraient avoir été influencés par l’éditeur et fan de cinéma fantastique Calvin Thomas Beck, dont la relation avec sa propre mère était notoirement envahissante. Cette piste reste cependant beaucoup moins certaine que l’influence générale de l’affaire Gein.

Du fait divers au roman Psycho de Robert Bloch

Edward Theodore Gein
Edward Theodore Gein

Publié en 1959, le roman Psycho transforme donc une interrogation née d’un fait divers en véritable thriller psychologique.

Le Norman Bates du livre diffère d’ailleurs sensiblement de celui incarné par Anthony Perkins.

Bloch le décrit comme un homme plus âgé, corpulent et relativement quelconque. Il est gérant d’un motel en perte de vitesse, dominé par la présence de sa mère.

Cette banalité est précisément essentielle.

Le véritable concept de Psycho n’est pas : « voici Ed Gein sous un autre nom ».

Il est plutôt : Et si votre voisin parfaitement ordinaire cachait quelque chose d’inimaginable ?

Bloch dira plus tard avoir découvert avec stupéfaction à quel point certaines caractéristiques qu’il avait inventées semblaient finalement se rapprocher de la réalité de l’affaire Gein.

Alfred Hitchcock transforme Psycho en Psychose

« Psychose » – Anthony Perkins, Janet Leigh – Réal. Alfred Hitchcock – 1960 – Paramount
« Psychose » – Anthony Perkins, Janet Leigh – Réal. Alfred Hitchcock – 1960 – Paramount

Alfred Hitchcock découvre ensuite le roman de Robert Bloch et en acquiert les droits.

Le scénario est confié à Joseph Stefano.

En 1960, Hitchcock transpose Psycho au cinéma avec Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles et John Gavin.

Le réalisateur modifie cependant considérablement l’apparence de Norman Bates.

Anthony Perkins est jeune, mince, timide et presque sympathique.

Ce choix rend le personnage encore plus efficace : Norman n’a plus l’apparence d’un individu inquiétant. Le spectateur peut même éprouver de la compassion pour lui avant de découvrir progressivement la vérité.

Hitchcock reprend néanmoins très fidèlement plusieurs éléments fondamentaux du livre de Bloch, notamment le Bates Motel, la maison dominant la propriété et, bien entendu, le meurtre de Marion Crane.

La scène de la douche n’a jamais existé dans l’affaire Ed Gein

Janet Leigh dans Psychose (1960)
Janet Leigh dans Psychose (1960)

C’est peut-être la confusion la plus persistante autour de Psychose.

La célèbre scène durant laquelle Marion Crane, interprétée par Janet Leigh, est assassinée sous sa douche est entièrement fictive.

Aucun meurtre connu d’Ed Gein ne s’est déroulé de cette manière.

La scène provient directement de l’histoire imaginée par Robert Bloch, puis est devenue mythique grâce à la mise en scène d’Hitchcock, au montage extrêmement rapide et à la musique stridente de Bernard Herrmann.

Autrement dit, l’un des moments les plus célèbres de l’histoire du cinéma d’horreur ne possède aucune véritable origine criminelle.

Ed Gein a inspiré bien plus que Psychose

leatherface 1974
leatherface 1974

L’influence culturelle d’Ed Gein dépasse largement Norman Bates.

Ses crimes et la découverte d’objets fabriqués à partir de restes humains ont participé à la création de plusieurs figures emblématiques du cinéma horrifique.

Le cas Gein est notamment associé à Leatherface dans Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper et à Buffalo Bill dans Le Silence des agneaux.

Leatherface reprend notamment l’idée du masque constitué de peau humaine.

Buffalo Bill reprend celle de la fabrication d’une sorte de vêtement à partir de peau humaine.

buffalo bill le silence des agneaux
buffalo bill le silence des agneaux

Norman Bates, lui, emprunte surtout à l’atmosphère de l’affaire : l’homme apparemment banal, l’isolement et l’impossibilité pour son entourage d’imaginer ce qui se déroule derrière les murs de sa maison.

Sur HorreurNews, l’affaire Gein est d’ailleurs déjà évoquée dans notre dossier consacré à l’histoire vraie ayant inspiré Massacre à la tronçonneuse.

De Norman Bates à Leatherface et Buffalo Bill

Psychose est d’ailleurs souvent considéré comme l’un des grands précurseurs du slasher moderne, bien avant l’explosion du genre avec Halloween, Vendredi 13 ou Les Griffes de la nuit. Cette évolution est détaillée dans notre dossier consacré à l’histoire des slashers, des années 1970 à aujourd’hui.

Il est fascinant de constater qu’un seul fait divers survenu dans une petite ville du Wisconsin a contribué indirectement à créer trois monstres extrêmement différents.

  • Norman Bates représente le meurtrier dissimulé derrière une apparence rassurante.
  • Leatherface matérialise l’horreur physique et l’utilisation de peau humaine.
  • Buffalo Bill reprend quant à lui cette obsession de la transformation corporelle.

Avec le temps, la légende cinématographique d’Ed Gein est ainsi devenue presque plus importante que la réalité historique.

Cette influence est d’ailleurs au cœur de la série Monstre : L’Histoire d’Ed Gein, consacrée au criminel et disponible dans HorrorVault.

Psychose : une histoire vraie finalement très différente du film

Dire que Psychose est basé sur l’histoire vraie d’Ed Gein n’est donc pas totalement faux, mais cela demande une importante nuance.

Robert Bloch ne s’est pas assis devant le dossier criminel de Gein pour transformer sa vie en roman.

Il s’est intéressé à une question bien plus simple et probablement plus inquiétante encore : comment un homme capable de commettre des actes monstrueux peut-il continuer à vivre au milieu des autres sans éveiller leurs soupçons ?

De cette interrogation naît Norman Bates.

Puis Alfred Hitchcock transforma le personnage en l’un des visages les plus célèbres du cinéma.

Plus de soixante ans après la sortie du film, c’est probablement là que réside encore la véritable force de Psychose : le monstre ne vient plus d’un château gothique, d’un laboratoire ou d’un autre monde.

Il peut être l’homme poli qui vous tend la clé de votre chambre de motel.

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