Critiques

Critique de film : Dolly (2026)

Le gore artisanal et la maternité détournée nous donnent naissance à une nouvelle figure cauchemardesque.

Note3,0/5

Synopsis : Macy, une jeune femme, est enlevée par une créature monstrueuse déterminée à l’élever comme son propre enfant.

Ressenti : Avec Dolly, Rod Blackhurst ne cherche ni à révolutionner le slasher ni à dissimuler ses références. Le réalisateur préfère revenir aux fondations les plus rugueuses du cinéma d’exploitation américain pour construire une expérience physique, sale et volontairement excessive. L’ombre de Massacre à la tronçonneuse plane évidemment sur le film, mais elle se mêle ici à l’agressivité du cinéma d’horreur français, au folklore rural et à une étrange sensibilité de conte détraqué.

Présenté en avant-première mondiale au Fantastic Fest en septembre 2025 puis sorti dans les salles américaines le 6 mars 2026, Dolly développe une idée initialement explorée par Blackhurst dans son court métrage Babygirl réalisé en 2022. Le cinéaste a cosigné le scénario avec Brandon Weavil tandis que Shudder et Independent Film Company ont acquis les droits de distribution pour plusieurs territoires anglophones.

Macy accompagne son compagnon Chase pour une randonnée dans une région boisée isolée. La jeune femme soupçonne que ce séjour pourrait se terminer par une demande en mariage mais cette perspective l’inquiète autant qu’elle l’attire. Épouser Chase signifierait également accepter pleinement son rôle auprès de la fille de celui-ci, une responsabilité que Macy ne se sent pas encore prête à endosser.

Fabianne Therese dans Dolly (2025)
Fabianne Therese dans Dolly (2025)

Ces hésitations donnent au récit un premier enjeu autour de la maternité, de l’engagement et de la place que chacun tente d’occuper au sein d’une famille. Le film détourne ensuite brutalement ces préoccupations lorsqu’une silhouette massive portant un masque de poupée s’attaque au couple.

Après avoir été séparée de Chase, Macy est capturée par cette créature surnommée Dolly. L’agresseur ne souhaite pourtant pas seulement la torturer ou la tuer. Son projet est plus dérangeant : transformer la jeune femme en enfant captive, la coucher dans un berceau et lui imposer une relation familiale totalement déformée.

À partir de cette idée, Dolly ne raconte plus seulement une fuite face à un tueur. Le film oppose deux conceptions monstrueusement incompatibles de la maternité. Macy redoute de perdre une partie de son indépendance en devenant belle-mère, tandis que Dolly cherche à fabriquer de force le lien affectif qui lui manque.

Rod Blackhurst soigne particulièrement l’identité visuelle de son long métrage. Tourné sur pellicule 16 mm dans la région de Chattanooga, le film possède une texture granuleuse qui participe directement à son atmosphère. L’image paraît usée, presque contaminée par les lieux qu’elle enregistre.

Critique de film : Dolly (2026)
Critique de film : Dolly (2026)
CONCLUSION
Malgré quelques longueurs et des influences très visibles, Dolly s’impose comme un survival brutal, poisseux et efficace, porté par une antagoniste mémorable et des effets pratiques particulièrement réussis.
Note des lecteurs3 Notes
Horreur NewsHorreur NewsHorreur NewsHorreur NewsHorreur News
POSITIF
Une ambiance poisseuse et oppressante digne de l’horreur des années 1970
La photographie en Super 16 mm, qui apporte un grain authentique
Une excellente performance physique de Max the Impaler dans le rôle de Dolly
Fabianne Therese convaincante en survivante vulnérable mais combative
Des effets pratiques sanglants particulièrement réussis
Une antagoniste intrigante, brutale et immédiatement reconnaissable
Une réflexion intéressante sur la maternité, la famille imposée et la perte d’autonomie
NEGATIF
Une intrigue relativement simple et parfois prévisible
Quelques répétitions dans les captures et tentatives d’évasion
Des personnages secondaires peu développés
Des influences parfois trop visibles, notamment Massacre à la tronçonneuse
Le passé de Dolly reste frustrant pour ceux qui souhaitent davantage d’explications
Un rythme qui faiblit légèrement dans la partie centrale
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3

Cette esthétique ne constitue pas un simple filtre nostalgique. La pellicule accentue la sensation de chaleur, de poussière et d’humidité qui accompagne Macy dans son calvaire. La forêt ne ressemble jamais à un décor protecteur. Elle devient un labyrinthe sans repères, prolongé par une maison délabrée où s’entassent jouets abandonnés, objets souillés et souvenirs d’une enfance depuis longtemps corrompue.

Blackhurst revendique d’ailleurs une horreur artisanale, conflictuelle et construite autour d’effets physiques. Il évoque aussi bien le cinéma des années 1970 que David Lynch, les contes de fées et la Nouvelle Extrémite française parmi les influences ayant nourri le projet.

Max the Impaler dans Dolly (2025)
Max the Impaler dans Dolly (2025)

Cette combinaison produit parfois un résultat familier, mais rarement impersonnel. Les gros plans inconfortables, les décors saturés de saleté et les accessoires volontairement répugnants donnent à Dolly une véritable présence matérielle. On ne se contente pas de regarder la crasse : on a presque l’impression d’en sentir l’odeur.

La grande réussite du film reste son antagoniste. Avec son masque enfantin partiellement détruit, sa perruque artificielle et son imposante silhouette, Dolly pourrait facilement n’être qu’une nouvelle tueuse destinée à alimenter une éventuelle franchise. Le scénario choisit heureusement de ne pas révéler immédiatement son histoire.

Dolly ne parle pratiquement pas. Elle communique par des cris, des gémissements, des mouvements brusques et des gestes dont la douceur apparente peut basculer dans la violence en quelques secondes. Le spectateur comprend qu’un traumatisme ancien nourrit ses actions, sans que le film transforme cette origine en justification psychologique trop confortable.

Cette absence d’explications détaillées entretient le malaise. Dolly apparaît tour à tour comme une prédatrice, une enfant enfermée dans un corps adulte et une figure maternelle incapable de distinguer l’amour de la possession. Quelques fragments de son passé sont suggérés, mais le film laisse volontairement le public reconstruire lui-même les causes de sa folie.

Max the Impaler et Fabianne Therese dans Dolly (2025)
Max the Impaler et Fabianne Therese dans Dolly (2025)

Le personnage évoque naturellement Leatherface par sa brutalité, son langage corporel et la part d’humanité déformée que le récit laisse entrevoir. La comparaison fonctionne, même si Dolly ne possède pas encore la puissance mythologique du tueur imaginé par Tobe Hooper. Son apparence immédiatement reconnaissable et son comportement imprévisible lui donnent néanmoins toutes les qualités nécessaires pour devenir une nouvelle figure marquante de l’horreur indépendante.

Le choix de confier le rôle à Max the Impaler se révèle particulièrement judicieux. Issue du catch professionnel, l’interprète utilise sa stature et sa maîtrise du mouvement pour donner à Dolly une puissance physique impressionnante. Pourtant, ce ne sont pas uniquement les scènes d’affrontement qui retiennent l’attention.

Max the Impaler réussit également à introduire une fragilité inattendue dans certains gestes. Un balancement du corps, une hésitation ou une manière de manipuler un jouet suffisent parfois à laisser apparaître la créature blessée derrière le monstre. Cette alternance entre agressivité et comportement enfantin empêche Dolly de devenir une simple masse silencieuse lancée à la poursuite de ses victimes.

Le masque limite fortement les outils traditionnels du jeu d’acteur. Toute l’interprétation repose donc sur la posture, le rythme des déplacements et les sons produits par le personnage. Max the Impaler transforme ces contraintes en force et livre une performance viscérale, lisible sans jamais être trop démonstrative.

Fabianne Therese dans Dolly (2025)
Fabianne Therese dans Dolly (2025)

Face à cette menace, Fabianne Therese porte une grande partie du film sur ses épaules. Macy traverse une épreuve aussi bien physique que mentale. Battue, humiliée et réduite à l’état de poupée vivante, elle doit retrouver son autonomie dans un environnement conçu pour la priver de toute identité.

L’actrice évite de transformer son personnage en survivante invincible. Macy panique, commet des erreurs et semble parfois sur le point de céder. Sa résistance se construit progressivement, à mesure que la terreur laisse place à une colère presque animale.

Therese excelle notamment dans les séquences où le scénario lui demande d’exprimer simultanément l’épuisement, la peur et une détermination grandissante. Même certaines critiques plus réservées sur le film ont souligné la force avec laquelle elle transmet la détresse de Macy.

Seann William Scott apparaît dans le rôle de Chase, loin de l’énergie comique qui a longtemps défini son image publique. Son personnage sert d’abord à installer les préoccupations sentimentales de Macy avant de se retrouver confronté à une violence d’une soudaineté redoutable.

Ethan Suplee bénéficie quant à lui d’un rôle secondaire plus ambigu. Son apparition apporte une énergie différente et permet au récit de jouer momentanément avec les attentes du spectateur. Russ Tiller, Michalina Scorzelli et Kate Cobb complètent notamment la distribution.

Max The Impaler dans Dolly (2025)
Max The Impaler dans Dolly (2025)

Dolly ne fait preuve d’aucune retenue lorsqu’il s’agit de malmener les corps. Les blessures sont lourdes, les impacts semblent douloureux et les affrontements privilégient des objets ordinaires dont l’utilisation devient particulièrement sauvage.

La violence ne repose cependant pas uniquement sur la quantité de sang versé. L’infantilisation de Macy est parfois plus dérangeante que les mutilations. La voir enfermée dans un berceau, nourrie contre son gré ou traitée comme un objet permet au film de développer une horreur fondée sur la négation complète du consentement et de l’identité.

Les effets pratiques renforcent cette approche concrète. Chairs abîmées, fractures, fluides et matières en décomposition sont montrés avec une complaisance assumée. Blackhurst cherche davantage à provoquer le dégoût et l’inconfort qu’à construire une peur basée sur les sursauts.

Certaines séquences possèdent ainsi une efficacité remarquable. La caméra reste suffisamment proche des corps pour rendre les coups presque palpables, tandis que les poursuites conservent une dimension désordonnée qui correspond parfaitement à la personnalité de Dolly.

Fabianne Therese dans Dolly (2025)
Fabianne Therese dans Dolly (2025)

Malgré ses qualités, le film ne parvient pas toujours à dépasser les modèles dont il s’inspire. Après une installation particulièrement prometteuse, le récit adopte une structure faite de captures, de tentatives d’évasion et de nouveaux affrontements.

Cette répétition ralentit légèrement la progression au milieu du film. Plusieurs scènes utilisent des mécanismes similaires et donnent parfois l’impression que l’intrigue cherche surtout à retarder l’affrontement final. Cette limite a également été relevée par une partie de la critique, qui reproche au film de recycler certains codes du survival forestier sans toujours les renouveler.

Le mystère entourant Dolly représente lui aussi une arme à double tranchant. Ne pas tout expliquer préserve l’aura du personnage, mais quelques éléments supplémentaires sur son environnement ou son passé auraient pu approfondir les thèmes liés à l’abandon et à la transmission du traumatisme.

Enfin, les personnages secondaires restent principalement fonctionnels. Ils nourrissent le parcours de Macy ou la mythologie de Dolly sans bénéficier d’un développement comparable à celui des deux figures centrales.

Verdict

Avec Dolly, Rod Blackhurst signe un survival rural féroce, visuellement cohérent et porté par deux performances particulièrement engagées. Le film assume pleinement son héritage sans se réduire à une copie de Massacre à la tronçonneuse. Sa réflexion sur la famille imposée, l’autonomie et la maternité dévoyée lui apporte une profondeur bienvenue derrière l’avalanche de violence.

Son intrigue relativement simple et certaines répétitions l’empêchent d’atteindre le niveau des œuvres qu’il prend pour modèles. Mais son grain organique, ses effets pratiques et surtout l’incarnation troublante de Max the Impaler lui donnent une personnalité suffisamment forte pour marquer les amateurs d’horreur extrême.

Dolly n’est peut-être pas encore une icône comparable à Leatherface mais sa première apparition possède assez de folie, de cruauté et d’étrange vulnérabilité pour laisser une trace durable.

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