Synopsis : Un Frankenstein esseulé se rend dans le Chicago des années 30 afin de convaincre la brillante scientifique Dr Euphronious de lui concevoir une compagne. Les deux ressuscitent une jeune femme assassinée et La fiancée voit le jour. Et ce qui suit dépasse toutes leurs attentes : Meurtre ! Possession ! Un mouvement culturel déchaîné et radical ! Et des amants rebelles dans une romance sauvage et explosive !

Ressenti : Avec The Bride!, Maggie Gyllenhaal prend un virage audacieux, presque insensé, après la finesse et l’intimité de The Lost Daughter. Son deuxième film est un déferlement d’excentricité et de flamboyance : imaginez Moulin Rouge! revisité à la sauce horreur proto-féministe, et vous aurez une idée du mélange détonant qu’elle orchestre ici. Ambitieux, extravagant, souvent fascinant, ce projet finit pourtant par crouler sous l’accumulation de ses propres idées.
Gyllenhaal embrasse la démesure dès l’ouverture : Mary Shelley (Jessie Buckley), coincée dans un entre-deux métaphysique, raconte qu’elle voulait écrire une suite à Frankenstein, encore plus terrifiante. Puis, dans un geste de cinéma qui tient autant du pastiche que de la possession mystique, Shelley prend corps dans Ida, la maîtresse d’un gangster des années 1930, également incarnée par Buckley. Après une chute fatale, Ida renaît grâce au monstre de Frankenstein (Christian Bale) et à la scientifique Dr Euphronius (Annette Bening). Résultat : une nouvelle Fiancée, amnésique mais curieusement séduite par son compagnon d’infortune.

Le film ne manque pas de péripéties : le couple devient fugitif, pourchassé par deux détectives (Peter Sarsgaard et Penélope Cruz) ; le monstre s’éprend d’une star de comédie musicale (Jake Gyllenhaal) ; et le look d’Ida avec lèvres et langue noires, tache rouge sur la joue qui déclenche une révolte féminine qui détourne les codes des films cultes adolescents comme The Fabulous Stains ou The Legend of Billie Jean. La réalisatrice rend hommage au cinéma des années 1930 en piochant à tout-va dans son imaginaire visuel : films de gangsters, monstres gothiques, musicals RKO. Sa devise pourrait être : « Quelque chose d’emprunté, encore emprunté, toujours emprunté. »

Sur le plan esthétique, The Bride! est une véritable réussite. Le chef opérateur Lawrence Sher (Joker: Folie à Deux) recrée plusieurs styles vintage, tandis que la costumière Sandy Powell et la décoratrice Karen Murphy (Elvis) s’amusent des anachronismes. Une salle projetant White Zombie en 3D en 1936 ? Peu crédible, mais saisissant à l’image.
Le point faible vient du scénario : Gyllenhaal la scénariste ne sert pas toujours Gyllenhaal la réalisatrice. Le cadre narratif autour de Mary Shelley paraît forcé, et les transitions entre Shelley et Ida manquent de sens. Quand Ida retrouve la mémoire au milieu d’un numéro musical, la séquence s’étouffe dans le bruit et le chaos. Heureusement, quelques trouvailles subsistent dont notamment celle de nommer le chef mafieux « Lupino », clin d’œil malin à Ida Lupino, pionnière du cinéma féminin.

Jessie Buckley livre une performance hors norme, impossible à juger selon les critères habituels : c’est outrancier, vibrant, éperdument vivant. Christian Bale équilibre la folie ambiante par une composition subtile et mélancolique. Annette Bening s’amuse avec une énergie contagieuse, assistée de Jeannie Berlin, irrésistible par son humour sec. Penélope Cruz, quant à elle, n’a pas grand-chose à défendre mais porte l’esthétique d’époque avec classe.
À l’image du Wuthering Heights d’Emerald Fennell, autre production Warner Bros signée par une réalisatrice majeure, The Bride! revisite une icône littéraire féminine par le prisme d’un cinéma échevelé et radicalement libre. Mais là où La Fiancée de Frankenstein (1935) distillait une satire subtile du mythe de la création, Gyllenhaal en fait une explosion visuelle trop dispersée pour vraiment convaincre. Une œuvre vivante, vivante, oui mais qui finit par s’essouffler dans son propre tumulte.
The Bride! a de vraies qualités de mise en scène et une ambition artistique évidente, mais il se perd souvent dans ses excès. C’est le genre de film qui divise : stimulant par son audace, mais frustrant par son manque d’équilibre





