Synopsis : Jax rencontre Luce, l’intrépide amie de Hunter. Ils tentent ensemble la célèbre marche en planche du mont Kwan, en Thaïlande. Un éboulement soudain les projette à 900 mètres d’altitude.

Ressenti : Il existe une catégorie de films dont la réussite se mesure moins à la complexité de leur scénario qu’à leur capacité à provoquer une réaction physique. Une respiration suspendue, des mains crispées sur les accoudoirs, cette impression désagréable que le vide s’ouvre sous nos pieds alors que nous sommes confortablement installés devant un écran. En 2022, Fall avait parfaitement compris le potentiel de cette formule en enfermant deux jeunes femmes au sommet d’une antenne de communication abandonnée, à plus de 600 mètres du sol.
Quatre ans plus tard, Fall 2: Deadpoint reprend ce principe pour l’appliquer à un environnement naturel autrement plus imposant. Exit la tour métallique plantée au milieu du désert américain : cette fois, ce sont les falaises de Thaïlande qui deviennent le théâtre d’une expédition tournant au cauchemar.
Le changement de décor apporte de nouvelles possibilités visuelles, sans pour autant révolutionner une mécanique dramatique désormais familière. Car derrière ses panoramas impressionnants et ses séquences éprouvantes, cette suite se heurte à une difficulté majeure : comment renouveler la peur lorsqu’on connaît déjà toutes les règles du jeu ?
Une expédition pour affronter un deuil

Jax (Harriet Slater) vit toujours dans l’ombre de sa sœur Shiloh, disparue après les événements du premier film. Au chagrin s’ajoute une exposition médiatique particulièrement difficile à supporter : les exploits de la jeune femme continuent de fasciner une communauté d’admirateurs qui semblent davantage intéressés par sa légende que par les conséquences humaines de sa disparition.
L’arrivée de Luce (Arsema Thomas), ancienne amie de Shiloh, vient bouleverser ce quotidien marqué par les souvenirs et les regrets. En découvrant une liste des défis que la défunte rêvait encore d’accomplir, Luce propose à Jax de réaliser l’un d’entre eux afin de lui rendre hommage.
Leur destination : le mont Kwan, en Thaïlande, où un ancien parcours aménagé à flanc de montagne promet une expérience aussi exceptionnelle que dangereuse.
Accompagnées d’un guide incarné par Tom Brittney, les deux femmes s’engagent sur un itinéraire interdit au public. Échelles corrodées, passerelles de bois vieillissantes, prises incertaines et météo capricieuse constituent autant de signaux d’alarme que les participantes choisissent d’ignorer.
Lorsque leur progression devient impossible et que toute retraite paraît compromise, l’hommage familial se transforme en combat pour rester en vie.
Le point de départ conserve donc une dimension émotionnelle, mais celle-ci ressemble surtout à un prétexte destiné à conduire rapidement les protagonistes vers les hauteurs. La relation entre Jax et Luce aurait pourtant pu donner davantage d’épaisseur à cette aventure, notamment en opposant deux manières radicalement différentes d’entretenir le souvenir d’une personne disparue.
Les frères Spierig savent transformer le vide en menace

Le principal atout de Fall 2: Deadpoint réside dans la façon dont ses réalisateurs exploitent l’espace. Peter et Michael Spierig, connus notamment pour Daybreakers (2009), Predestination (2014) et Jigsaw (2017), possèdent une expérience du cinéma de genre qui se manifeste dans les passages les plus physiques.
Contrairement au premier épisode, dont le danger reposait essentiellement sur l’extrême verticalité d’une structure isolée, cette nouvelle aventure joue avec la configuration irrégulière d’une paroi rocheuse. Les personnages doivent progresser latéralement, négocier des passages étroits et évaluer constamment la solidité d’installations anciennes.
Cette différence modifie la perception du danger. Il ne s’agit plus seulement de descendre d’un endroit inaccessible, mais de trouver un chemin à travers un environnement où chaque mouvement peut compromettre le suivant.

Critique de film : Fall 2: Deadpoint (2026)
Fall 2: Deadpoint réussit à provoquer quelques belles sueurs froides grâce à ses séquences vertigineuses et ses décors impressionnants. Mais derrière cette efficacité visuelle, le scénario manque d'originalité et les personnages peinent à convaincre. Un survival divertissant qui donne le vertige sans réellement renouveler la formule.
Points forts
Points faibles
La photographie d’Andrew Strahorn exploite particulièrement bien cette vulnérabilité. Certains plans adoptent une perspective proche du regard des personnages, laissant apparaître le vide entre leurs chaussures et les planches sur lesquelles elles avancent. D’autres élargissent brutalement le cadre pour rappeler à quel point une silhouette humaine semble insignifiante face à une montagne.
Les meilleures séquences reposent sur des détails élémentaires : une fixation qui menace de céder, une surface devenue glissante, une prise trop éloignée ou un appui dont la résistance paraît douteuse. Le spectateur comprend immédiatement la nature du problème, sans qu’il soit nécessaire de multiplier les explications.
C’est précisément lorsque le film se concentre sur ces contraintes concrètes qu’il retrouve l’efficacité de son modèle.
Un scénario qui confond parfois intensité et accumulation

Le scénario, signé Scott Mann et Jonathan Frank, reprend une progression particulièrement reconnaissable. Une aventure entreprise pour des raisons personnelles, des avertissements ignorés, un accident qui condamne les possibilités de retour, puis une succession de tentatives de survie dans des conditions de plus en plus difficiles.
Cette construction n’est pas problématique en elle-même. Le cinéma de survie fonctionne souvent sur des situations simples dont l’intérêt provient de l’ingéniosité nécessaire pour s’en sortir.
Le souci apparaît lorsque les péripéties donnent l’impression de répondre à un cahier des charges plutôt qu’à la logique de la situation.
Les décisions des personnages deviennent alors difficiles à défendre. Certains risques sont pris avec une désinvolture étonnante, tandis que des informations pourtant essentielles semblent négligées pour permettre au récit d’avancer.
Plus gênant encore, l’intrigue introduit progressivement des menaces qui dépassent le seul cadre de l’accident en montagne. Cette volonté de diversifier les obstacles apporte quelques rebondissements, mais détourne également l’attention de ce qui faisait la force du concept initial.
Le film perd une partie de son identité dès qu’il cherche à remplacer la peur du vide par des conflits plus conventionnels.
Une histoire de survie n’a pas nécessairement besoin d’une multiplication de révélations pour rester passionnante. Elle doit surtout convaincre que les personnages disposent de ressources limitées face à un danger crédible. Sur ce terrain, Deadpoint alterne bonnes idées et facilités d’écriture.
Des personnages qui peinent à exister au-delà du danger

Harriet Slater interprète une Jax marquée par l’anxiété et le sentiment de culpabilité. Son personnage constitue théoriquement le cœur émotionnel du récit : contrairement aux amateurs de sensations extrêmes, elle n’envisage pas l’escalade comme une quête de dépassement personnel, mais comme une épreuve qu’elle préférerait éviter.
Cette position aurait pu offrir un regard intéressant sur la pression exercée par ceux qui glorifient continuellement la prise de risque.
Arsema Thomas incarne, à l’inverse, une Luce beaucoup plus déterminée, presque incapable d’imaginer qu’une aventure puisse se terminer autrement que par une victoire sur ses propres limites.
Le contraste fonctionne dans les premières scènes, avant de montrer ses limites. Les échanges entre les deux femmes servent principalement à préparer les étapes suivantes du scénario, et leurs personnalités se réduisent trop souvent à des comportements attendus.
Il manque surtout à leur relation une évolution suffisamment naturelle pour rendre les tensions émotionnelles aussi prenantes que les dangers physiques.
Le film effleure pourtant un sujet contemporain intéressant : la manière dont les réseaux sociaux transforment les exploits dangereux en spectacles reproductibles, parfois au détriment de toute conscience des conséquences.
La notoriété posthume de Shiloh, entretenue par ses admirateurs, permettait d’interroger cette fascination collective pour les images de personnes défiant la mort. Malheureusement, cet aspect s’efface rapidement derrière les impératifs du thriller.
Une expérience sensorielle convaincante, malgré des artifices visibles

Dans un long métrage de ce type, la crédibilité de l’environnement représente une condition essentielle de l’immersion.
Fall 2: Deadpoint bénéficie de décors spectaculaires, mais tous les effets visuels ne se montrent pas également convaincants. Certaines compositions numériques et quelques raccords entre les acteurs et les arrière-plans trahissent les procédés utilisés pour simuler l’altitude.
Ces imperfections ne détruisent pas systématiquement la tension. Lorsque la mise en scène privilégie les gestes, les réactions et la proximité immédiate du précipice, le cerveau accepte assez facilement l’illusion.
En revanche, les plans les plus démonstratifs révèlent parfois une artificialité qui affaiblit la sensation de danger.
Le travail sonore produit également des résultats contrastés. Les craquements du bois, les frottements métalliques et les bruits liés à la progression contribuent efficacement à installer une atmosphère d’insécurité permanente. À l’inverse, certaines répliques paraissent trop visiblement réenregistrées en postproduction, créant un décalage avec l’environnement.
Avec ses 98 minutes, le film possède néanmoins un avantage sur les 107 minutes de son prédécesseur : il limite davantage les longueurs et rejoint plus rapidement son véritable sujet. Cette durée plus resserrée n’empêche pas quelques passages de tourner à vide, mais elle permet de préserver une certaine efficacité globale.
Fall 2: Deadpoint face au premier film : plus spectaculaire, moins surprenant

La différence fondamentale entre les deux épisodes ne tient pas uniquement à leur décor.
Fall reposait sur une idée presque absurde par sa simplicité : deux personnes immobilisées au sommet d’une structure dont elles ne pouvaient plus redescendre. Cette situation imposait une unité de lieu radicale qui participait directement à l’angoisse. Chaque tentative de solution devait composer avec les mêmes contraintes.
Dans Deadpoint, la montagne offre un terrain de jeu plus varié, avec davantage de possibilités d’action et de déplacements. Pourtant, cette ouverture géographique entraîne aussi une certaine dispersion.
Le premier film gagnait en efficacité grâce à son minimalisme. Le second cherche à amplifier chaque composante de la formule, comme si une suite devait nécessairement multiplier les dangers pour justifier son existence.
Cette approche explique pourquoi les moments les plus réussis restent paradoxalement les plus modestes. Un simple passage au-dessus du vide provoque souvent davantage d’inquiétude qu’une péripétie spectaculaire accompagnée de révélations scénaristiques.
On pense ici à d’autres survival thrillers tels que Frozen (2010), d’Adam Green, ou Open Water (2003), de Chris Kentis, deux œuvres qui démontrent à quel point l’isolement et l’impossibilité d’obtenir de l’aide peuvent suffire à installer une angoisse persistante.
Ce qui compte n’est pas forcément la dimension du danger, mais la capacité du récit à nous faire comprendre qu’aucune issue facile n’existe.
verdict :
Cette suite n’est ni un naufrage complet ni une véritable réussite. Les frères Spierig parviennent à construire plusieurs scènes de tension capables de faire détourner les yeux aux spectateurs les plus sensibles au vide. La photographie, les perspectives vertigineuses et les obstacles physiques offrent suffisamment de sensations pour satisfaire les amateurs de thrillers de survie.
Mais cette efficacité ponctuelle ne masque pas les faiblesses d’un scénario trop dépendant de son prédécesseur. Les motivations fragiles, les rebondissements artificiels et le développement limité des personnages empêchent le film de s’imposer comme une aventure réellement mémorable.
Le potentiel était pourtant bien présent. En explorant davantage les conséquences psychologiques du deuil, la fascination pour les défis extrêmes ou les rapports de confiance dans une situation désespérée, cette suite aurait pu apporter une identité plus affirmée à la franchise.
Au lieu de cela, elle préfère miser sur une recette éprouvée, en changeant de paysage sans véritablement changer de perspective.
Fall 2: Deadpoint reste donc un divertissement honnête pour qui recherche une montée d’adrénaline immédiate. Il procure encore quelques frissons efficaces, mais confirme aussi qu’augmenter l’altitude ne suffit pas à élever la qualité d’un film.
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