Critiques

Critique de film : Faces Of Death (2026)

Daniel Goldhaber ressuscite un film maudit des années 1970 pour disséquer notre fascination moderne pour les images interdites.

Synopsis : Margot Romero, modératrice de contenu hantée par une tragédie devenue virale, doit traquer un cinéaste sadique qui reconstitue des films « snuff » légendaires, afin de faire taire l’obsession du Web pour son propre traumatisme passé.


Ressenti : Il fut un temps où les images les plus dérangeantes circulaient sous le manteau, sur des cassettes vidéo à la réputation sulfureuse. Aujourd’hui, quelques secondes suffisent pour qu’une séquence atroce soit partagée, commentée et reproduite par des millions d’internautes. Entre ces deux époques, une seule chose semble avoir résisté au progrès technologique : notre curiosité parfois malsaine pour ce que nous ne devrions pas regarder.

C’est précisément dans cette contradiction que s’engouffre Faces of Death (2026). Réalisé par Daniel Goldhaber, ce nouveau long métrage ne cherche pas simplement à moderniser un titre controversé du cinéma d’exploitation. Il transforme son héritage en thriller horrifique, où les frontières entre fiction, criminalité et divertissement numérique deviennent dangereusement poreuses.

Avec Barbie Ferreira et Dacre Montgomery en tête d’affiche, le film tente de conjuguer brutalité graphique, suspense et commentaire social. Le résultat ne tient pas toutes ses promesses, mais son regard sur l’industrie de l’attention lui confère une identité plus intéressante que celle d’un simple slasher nostalgique.

Une modératrice confrontée à des images qui dépassent la fiction

Barbie Ferreira dans Faces of Death (2026)
Barbie Ferreira dans Faces of Death (2026)

Margot Romero (Barbie Ferreira) travaille pour Kino, une plateforme spécialisée dans la diffusion de vidéos en ligne. Son quotidien consiste à examiner des contenus signalés, identifier les infractions aux règles de publication et déterminer quelles images peuvent rester accessibles au public.

Derrière cette fonction apparemment administrative se cache une réalité éprouvante. Margot passe ses journées à visionner des scènes violentes, des comportements dangereux et des séquences conçues pour provoquer des réactions immédiates.

Son rapport aux images est d’autant plus complexe qu’elle porte les séquelles d’un drame personnel. Autrefois impliquée dans une cascade ferroviaire qui a coûté la vie à sa sœur, elle a elle-même connu la transformation d’une tragédie intime en phénomène viral. Cette expérience a profondément bouleversé sa relation à la célébrité numérique et au regard des autres.

Critique de film : Faces Of Death (2026)
La critique HorreurNews

Critique de film : Faces Of Death (2026)

Réalisateur : Daniel GoldhaberDate de sortie : 10/04/2026
3,0/5Note de la rédaction
Faces of Death (2026) réussit à moderniser le film controversé de 1978 en transformant son concept en une réflexion sur le voyeurisme numérique, la viralité et la consommation de violence. Porté par Barbie Ferreira et un Dacre Montgomery inquiétant, ce slasher sanglant possède de véritables ambitions, mais son scénario finit par emprunter des chemins trop conventionnels. Une relecture pertinente et brutale, dont les idées méritaient un traitement plus audacieux.
Peur
2,0/5
Gore
2,5/5
Tension
3,0/5
Ambiance
3,0/5
Originalité
2,5/5

Points forts

  • Une modernisation intelligente du film original
  • Une réflexion pertinente sur la violence virale
  • Dacre Montgomery inquiétant
  • Barbie Ferreira convaincante
  • Des séquences gore efficaces
  • Une atmosphère héritée du cinéma d'exploitation

Points faibles

  • Une intrigue parfois prévisible
  • Un dernier acte trop classique
  • Une critique sociale insuffisamment approfondie
  • Certains dialogues trop explicatifs
  • Un potentiel subversif partiellement exploité
Note des lecteurs 3,0/5 3 vote(s)
5/50%
4/533%
3/533%
2/533%
1/50%
Quelle note donnes-tu à ce film ?

Un jour, plusieurs vidéos particulièrement inquiétantes attirent son attention. Elles montrent des mises à mort élaborées dont le réalisme semble dépasser celui des productions horrifiques habituelles.

En découvrant le film culte Faces of Death de 1978 grâce à son colocataire Ryan (Aaron Holliday), passionné de cinéma de genre, Margot remarque des similitudes troublantes. Quelqu’un reproduit méthodiquement certaines séquences du long métrage original, mais cette fois avec des victimes qui pourraient être bien réelles.

Ce qui devait être une simple vérification professionnelle devient alors une enquête obsessionnelle, susceptible de mettre sa propre vie en danger.

Faces of Death : la légende controversée de 1978

Kurt Yue dans Faces of Death (2026)
Kurt Yue dans Faces of Death (2026)

Pour saisir l’intérêt de cette nouvelle version, il faut revenir à l’œuvre qui lui a donné naissance.

Sorti en 1978 et réalisé par John Alan Schwartz sous le pseudonyme de Conan Le Cilaire, Faces of Death également connu sous le titre français Face à la mort, occupait une place particulière dans le paysage du cinéma d’exploitation.

Présenté comme une compilation de documents authentiques consacrés à différentes formes de décès, le film empruntait les codes du reportage scientifique. Le spectateur était guidé par le prétendu pathologiste Francis B. Gröss, interprété par Michael Carr, dans une succession de séquences macabres.

Le dispositif reposait sur une ambiguïté soigneusement entretenue. Certaines images provenaient de documents existants, tandis que de nombreuses scènes spectaculaires avaient été fabriquées à l’aide de maquillages, de trucages et de mises en scène.

Cette combinaison entre archives et fiction a largement contribué à sa réputation. À une époque où les moyens de vérification étaient limités, le doute constituait un argument commercial particulièrement efficace.

Le film s’inscrivait dans la tradition du cinéma mondo, popularisé notamment par Mondo Cane en 1962. Ces productions exploitaient une esthétique pseudo-documentaire pour exhiber des pratiques inhabituelles, des sujets tabous ou des images choquantes.

Mais Faces of Death franchissait une étape supplémentaire en faisant de la mort elle-même son attraction principale.

Son succès s’est prolongé avec l’essor de la VHS, lorsque les vidéoclubs et les échanges entre amateurs ont permis à sa réputation de circuler bien au-delà des salles obscures.

Ce contexte historique est essentiel : la fascination pour le film provenait autant de son aura d’interdit que de ce qu’il montrait réellement.

Arthur Spevak, un meurtrier qui maîtrise les règles de la viralité

Dacre Montgomery dans Faces of Death (2026)
Dacre Montgomery dans Faces of Death (2026)

Dans cette nouvelle histoire, l’horreur possède un visage : celui d’Arthur Spevak, incarné par Dacre Montgomery.

L’acteur, notamment connu pour son interprétation de Billy Hargrove dans Stranger Things, compose un personnage capable de passer d’une apparente banalité à une cruauté méthodique.

Arthur ne correspond pas exactement au profil traditionnel du tueur masqué. Son objectif dépasse la satisfaction de pulsions meurtrières : il souhaite construire des événements capables de retenir l’attention d’un public toujours plus difficile à impressionner.

Ses victimes, parmi lesquelles figurent des personnalités médiatiques de second plan, deviennent les protagonistes involontaires de productions soigneusement organisées.

Les enlèvements, la préparation des décors et les différentes identités qu’il adopte révèlent une véritable obsession pour la représentation. Chaque crime doit posséder une dimension spectaculaire, suffisamment provocatrice pour alimenter la circulation des vidéos.

Le personnage ne cherche donc pas seulement à tuer. Il veut contrôler le récit entourant ses actes et observer la manière dont ceux-ci se propagent.

Cette démarche donne au film sa dimension la plus dérangeante : Arthur comprend parfaitement les mécanismes d’une culture numérique qui récompense la transgression par la visibilité.

Il exploite une contradiction collective, celle d’une société qui condamne officiellement les images violentes tout en contribuant parfois à leur popularité.

Dacre Montgomery se montre particulièrement convaincant lorsqu’il laisse entrevoir cette logique derrière le comportement de son personnage. Son interprétation demeure plus intéressante dans les scènes où il manipule son entourage que lorsqu’il endosse les attributs familiers du tueur de slasher.

La modération des contenus, une autre forme d’horreur contemporaine

Charli XCX dans Faces of Death (2026)
Charli XCX dans Faces of Death (2026)

L’un des choix les plus pertinents du scénario consiste à placer son héroïne au cœur d’un métier rarement représenté dans le cinéma d’épouvante.

Les modérateurs de contenus constituent pourtant un rouage essentiel du fonctionnement des plateformes numériques. Leur travail peut les exposer de façon répétée à des images de violences, d’accidents ou d’autres situations traumatisantes.

Ce sujet dépasse largement le cadre fictionnel. Les conditions de travail et les conséquences psychologiques de la modération ont fait l’objet de nombreuses enquêtes et controverses concernant les grandes entreprises technologiques.

Dans Faces of Death, cette activité devient le prolongement moderne de l’expérience proposée par le film de 1978.

À l’époque, le spectateur devait rechercher volontairement une œuvre réputée interdite. Désormais, certaines personnes sont professionnellement chargées de regarder ce que les autres ne devraient pas voir.

Margot représente cette génération confrontée à une saturation permanente d’images, où le choc peut finir par se transformer en routine.

Le choix du personnage n’est d’ailleurs pas anodin. Daniel Goldhaber a lui-même évoqué son expérience passée dans la modération de contenus, tandis que sa collaboration avec la scénariste Isa Mazzei avait déjà donné naissance à Cam (2018), thriller centré sur l’identité numérique et la perte de contrôle de son image.

Ce lien entre leurs deux films révèle une préoccupation commune : que devient l’individu lorsque son existence se transforme en produit audiovisuel exploitable par d’autres ?

Barbie Ferreira donne une véritable épaisseur à la survivante

Barbie Ferreira dans Faces of Death (2026)
Barbie Ferreira dans Faces of Death (2026)

Le personnage de Margot aurait facilement pu se limiter au rôle habituel de la jeune femme traquée par un psychopathe. Barbie Ferreira lui apporte heureusement une fragilité plus nuancée.

Révélée notamment par la série Euphoria, l’actrice incarne une protagoniste dont les réactions sont constamment influencées par la culpabilité, la méfiance et la peur d’être de nouveau exposée publiquement.

Son histoire personnelle ajoute une dimension tragique à son enquête. Margot sait mieux que quiconque qu’une image peut continuer à circuler longtemps après l’événement qu’elle représente, indépendamment de la souffrance des personnes concernées.

Cette particularité crée une opposition intéressante avec Arthur.

Là où le meurtrier considère la visibilité comme une forme de pouvoir, Margot cherche désespérément à échapper à l’attention des autres.

Leurs trajectoires se rejoignent autour d’une même question : peut-on reprendre possession de son existence lorsqu’elle est devenue un spectacle accessible à tous ?

Autour de Ferreira, Aaron Holliday apporte une énergie plus décalée dans le rôle de Ryan. Le personnage introduit une connaissance de la culture horrifique qui permet au récit d’explorer son héritage sans s’enfermer dans une succession de références destinées aux seuls initiés.

Le casting comprend également Josie Totah, Jermaine Fowler et Charli XCX, cette dernière apparaissant dans un rôle secondaire.

Un cinéma gore qui interroge sa propre violence

Barbie Ferreira dans Faces of Death (2026)
Barbie Ferreira dans Faces of Death (2026)

Malgré son discours critique, Faces of Death ne renonce absolument pas aux plaisirs provocateurs du cinéma d’exploitation.

Les séquences meurtrières affichent une brutalité assumée, avec des sévices, des mutilations et des exécutions particulièrement explicites. La violence ne repose pas uniquement sur la quantité de sang versé, mais également sur la préparation minutieuse des supplices.

La réalisation adopte une esthétique oscillant entre le thriller contemporain, les images numériques et certaines conventions du cinéma bis.

Cette combinaison permet à Goldhaber de conserver une atmosphère relativement sale et dérangeante, malgré un environnement technologique nettement plus moderne que celui de son prédécesseur.

Le film joue également avec la position inconfortable du spectateur.

Nous sommes invités à condamner les crimes d’Arthur tout en regardant une œuvre dont une partie de l’attrait repose précisément sur ces scènes choquantes.

Cette contradiction constitue une idée stimulante. Elle rappelle que le cinéma d’horreur a toujours entretenu des rapports complexes avec le voyeurisme, depuis les productions d’exploitation jusqu’aux œuvres contemporaines cherchant à repousser les limites de la représentation.

Toutefois, montrer une violence extrême et réfléchir à sa consommation ne sont pas exactement la même chose.

C’est ici que les ambitions du long métrage commencent à révéler leurs limites.

Une réflexion pertinente affaiblie par les conventions du slasher

Dacre Montgomery dans Faces of Death (2026)
Dacre Montgomery dans Faces of Death (2026)

Si Faces of Death possède un véritable potentiel critique, son développement reste moins audacieux que son point de départ.

La progression narrative finit par emprunter des chemins familiers : une héroïne menacée, un meurtrier particulièrement organisé, des révélations successives et une confrontation construite selon les codes habituels du thriller horrifique.

Ces éléments assurent une efficacité immédiate, mais réduisent progressivement la complexité du propos.

L’idée d’une société capable de transformer un homicide en contenu monétisable aurait mérité une exploration plus approfondie, notamment concernant la responsabilité des plateformes et les mécanismes qui encouragent la diffusion de vidéos sensationnalistes.

De la même manière, Arthur possède des motivations suffisamment intéressantes pour dépasser le simple statut de psychopathe spectaculaire. Pourtant, certaines de ses interventions tendent à expliciter lourdement ce que la mise en scène avait déjà réussi à suggérer.

Le rythme demeure globalement soutenu, mais l’évolution vers une confrontation plus classique retire au récit une partie de son caractère imprévisible.

On aurait aimé que Goldhaber assume davantage le malaise provoqué par son concept, quitte à livrer un film moins confortable et plus radical dans sa structure.

Cette réserve ne rend pas l’expérience décevante pour autant. Elle souligne surtout le décalage entre une excellente idée de départ et une exécution qui privilégie finalement les satisfactions immédiates du genre.

De la cassette interdite aux algorithmes : une peur qui a changé de nature

La principale réussite de cette relecture réside dans sa compréhension de l’évolution du rapport collectif aux images violentes.

Le film original tirait sa puissance commerciale de la rareté et de l’incertitude. Il fallait accéder à un objet particulier pour découvrir des images prétendument authentiques.

En 2026, cette logique s’est inversée.

La difficulté n’est plus nécessairement de trouver des contenus dérangeants, mais de déterminer leur provenance, leur authenticité et les intentions de ceux qui les diffusent.

Les trucages numériques, les vidéos sorties de leur contexte et les créations produites par intelligence artificielle compliquent encore cette distinction.

Dans ce nouvel environnement, le sentiment de réalité ne dépend plus uniquement de ce que montre une image. Il est également construit par les réactions, les commentaires et les mécanismes de recommandation qui l’entourent.

Faces of Death met ainsi en lumière un paradoxe particulièrement contemporain : plus les images circulent, moins leur abondance garantit notre capacité à comprendre ce qu’elles représentent.

C’est finalement sur ce terrain que le film trouve sa véritable raison d’exister.

Plutôt que de tenter de surpasser la réputation scandaleuse de son prédécesseur, il interroge les nouvelles formes de crédulité et de fascination qui accompagnent notre consommation quotidienne de contenus.

Verdict

Avec Faces of Death, Daniel Goldhaber réussit à donner une justification contemporaine au retour d’un titre emblématique du cinéma d’exploitation.

Porté par une Barbie Ferreira convaincante et un Dacre Montgomery inquiétant, le film possède une identité suffisamment marquée pour éviter le piège du remake opportuniste.

Son intérêt tient avant tout à son exploration des conséquences de la viralité, de la banalisation des images traumatisantes et de la difficulté croissante à distinguer une représentation fictionnelle d’une violence authentique.

Ses scènes gore devraient satisfaire les amateurs de sensations fortes, tandis que son discours sur les plateformes numériques apporte une profondeur bienvenue.

Néanmoins, le scénario ne parvient pas toujours à exploiter pleinement ses propres interrogations. En se réfugiant progressivement dans les conventions d’un slasher traditionnel, il laisse entrevoir une œuvre plus dérangeante et ambitieuse que celle qu’il ose finalement devenir.

Un thriller horrifique sanglant et pertinent dans ses intentions, qui réussit à moderniser son héritage sans parvenir à en renouveler entièrement la puissance subversive.

La question la plus inquiétante qu’il soulève n’est peut-être pas de savoir si les images sont vraies, mais pourquoi nous éprouvons encore le besoin de les regarder.

La parole aux lecteurs

Avis des lecteurs

0 avis

Aucun avis publié pour le moment. Sois le premier à partager le tien.

Donne ton avis

Aucune inscription nécessaire. Ton avis sera publié après validation.

Il ne sera jamais affiché.

Ta note

Recevez les dernières actus, critiques et bandes-annonces directement dans votre boîte mail.

Newsletter

NOS PARTENAIRES

Ils soutiennent la passion du genre