Synopsis : L’histoire se déroule dans un futur proche, alors que la société a atteint des sommets sans précédent dans sa fixation culturelle de la jeunesse et de la beauté.

Certains films pâtissent d’un mauvais timing. Shell n’aurait probablement jamais été un grand film, mais sa sortie proche de The Substance de Coralie Fargeat est une œuvre plus audacieuse et nettement supérieure traitant d’un thème similaire et le dessert encore davantage. Le réalisateur Max Minghella vise ici quelque chose de volontairement excessif, mais même lorsqu’il embrasse son identité de film de monstre de science-fiction façon années 1950, Shell ne s’engage pas assez dans cette direction pour fonctionner pleinement.
Le film contient quelques moments drôles parfois voulus, parfois non et plusieurs images marquantes. La première créature à apparaître à l’écran est un petit chien couvert de sang, trottinant dans un couloir sombre d’un manoir 80’s avant de rejoindre une salle de bain rétro. Là, Elizabeth Berkley, installée dans une baignoire rose nacrée, découpe de hideuses protubérances noires sur sa jambe avant de s’évanouir dans un bain ensanglanté, pendant que l’animal lèche le couteau tombé. Une entrée en matière prometteuse, avant que le film ne glisse vers un patchwork maladroit de pseudo-émotion et de satire fatiguée du monde du cinéma.
On y suit Samantha (Elisabeth Moss), actrice vieillissante, venue rencontrer un réalisateur pensant décrocher un rôle dramatique mais découvrant qu’il s’agit d’une audition ouverte. Elle perd le rôle d’une mère divorcée face à la jeune starlette Chloe Benson (Kaia Gerber), plus populaire sur les réseaux sociaux que crédible pour le rôle. Ses agents lui suggèrent alors d’aller « se reposer » à la clinique Shell, un centre dirigé par la CEO Zoe Shannon (Kate Hudson).

Shell propose des traitements absurdes mêlant chirurgie esthétique et transhumanisme : ses clients fusionnent littéralement leur ADN avec celui d’un homard, obtenant une version plus jeune, plus belle et plus énergique d’eux-mêmes. Le concept est expliqué en détail, mais rien ne marque vraiment. Seuls quelques traits d’humour mordants parviennent à faire sourire, bien que le message que Los Angeles est superficielle et creuse soit d’une banalité affligeante.

La satire tombe souvent à plat, appuyant des idées déjà vues ailleurs et avec moins de finesse. Certaines scènes laissent planer le doute : un montage sur Walkin’ on Sunshine après la transformation de Samantha est-il une parodie volontaire de films clichés des années 1980, ou simplement un passage raté ? Ce flou constant nuit à l’effet « camp » recherché, d’autant que les symboles utilisés comme le chat de Samantha, métaphore grossière de sa solitude qui sonnent creux.

Sur le plan de l’horreur corporelle, Shell reste également timide. Samantha vomit un fluide noir, des convives mangent de la peau humaine lors d’une scène religieusement suggestive, et les excroissances censées évoquer des « écailles » ressemblent plutôt à de vulgaires grains de beauté. Rien n’atteint le niveau de répulsion espéré. L’absence de fluides visqueux pourtant essentiels à ce genre se fait cruellement sentir.
Visuellement, le film emprunte aussi à The Substance son esthétique eighties et ses motifs chromés, sans la même maîtrise. Les voitures autonomes en arrière-plan ne servent qu’à suggérer de façon paresseuse une touche de science-fiction. Elisabeth Moss, quant à elle, semble évoluer à contre-rythme du reste du casting, non par faute d’interprétation, mais à cause d’une direction confuse et incohérente jusque dans les détails (par exemple, certains magazines montrés à l’écran existent réellement et d’autres non).

Kate Hudson, en revanche, incarne parfaitement la tonalité recherchée : sa dirigeante froide et séductrice, peut-être animée d’un désir à peine dissimulé pour Samantha, apporte une certaine intensité au film. Mais cette relation, tout comme le reste du scénario, reste sous-développée. En fin de compte, Shell échoue à équilibrer satire, horreur et absurde : un mélange que seuls des réalisateurs plus talentueux sauraient rendre passionnant même avec des crustacés géants au casting.
Shell part d’un sujet en or pour le cinéma d’horreur avec le corps féminin façonné et détruit par l’industrie mais se perd dans un mélange de ton mal maîtrisé.
Malgré un duo d’actrices charismatiques et quelques visions de body horror marquantes, l’ensemble ressemble à une série B luxueuse qui n’assume ni pleinement sa méchanceté, ni vraiment sa folie pour un spectateur exigeant côté horreur et discours social.






