
Critique de film : Beware Boiúna (2026)
Une légende amazonienne fascinante, un serpent gigantesque et une mise en scène qui transforme trop souvent la terreur en confusion.
Synopsis : Des médecins en mission dans la forêt amazonienne découvrent que tout le monde—ou tout—ne les accueille pas bien. Leur arrivée attire un dangereux prédateur appelé « Boiúna ».

Le cinéma d’horreur possède une longue tradition de monstres dont la réputation dépasse largement leur présence à l’écran. Certaines créatures deviennent terrifiantes parce qu’elles demeurent invisibles, tandis que d’autres doivent leur efficacité à leur apparence spectaculaire. Avec Beware Boiúna (2026), Mike P. Nelson tente de réunir ces deux approches en introduisant une gigantesque créature issue du folklore amazonien dans un récit de survie en pleine forêt tropicale.
Sur le papier, l’association paraît idéale. Un territoire isolé, des personnages coupés de toute assistance, des rivalités humaines et un prédateur ancestral constituent les ingrédients d’un divertissement horrifique particulièrement séduisant. Pourtant, derrière cette proposition se cache un film qui multiplie les intentions sans parvenir à les transformer en expérience véritablement captivante.
Le principal défaut de Beware Boiúna ne réside pas dans son manque de moyens apparents, mais dans son incapacité à rendre ses dangers suffisamment lisibles pour installer une peur durable. À force de privilégier l’agitation visuelle, le long métrage finit par priver son immense serpent de la présence qu’il méritait.
Une mission humanitaire qui tourne au cauchemar

L’histoire commence au cœur de l’Amazonie, où une équipe médicale remonte les voies fluviales afin d’apporter une assistance aux populations éloignées. Parmi les membres de l’expédition figure Alli, interprétée par Jessica Rothe, accompagnée notamment de Lena, incarnée par Kiana Madeira.
Cette dernière connaît les difficultés de la navigation dans la région, notamment grâce à son expérience auprès de son père, chargé de maintenir leur embarcation en état de fonctionnement. Le voyage, déjà compliqué par un environnement hostile, prend une tournure inquiétante lorsque les protagonistes croisent la route d’un autre groupe d’étrangers.
À leur tête se trouve Brennan Malloy, joué par Logan Marshall-Green. Son comportement dominateur et les agissements de son entourage font rapidement basculer l’aventure vers un affrontement humain. Une tentative d’agression contre Alli entraîne une intervention de Lena, puis une escalade de violence dont les conséquences pèsent sur les rapports entre les survivants.
Mais ces conflits deviennent bientôt secondaires. En pénétrant davantage dans la forêt, les différents groupes s’approchent d’un territoire associé à une ancienne légende : celui de Boiúna, un serpent colossal qui ne semble guère disposé à tolérer leur présence.
Le récit abandonne alors progressivement sa dimension de thriller humain pour entrer dans le domaine du creature feature, où chaque déplacement peut provoquer une rencontre mortelle.
Boiúna : une véritable légende qui méritait davantage

L’un des aspects les plus intéressants du film se trouve dans son inspiration mythologique.
Contrairement à de nombreux monstres inventés pour les besoins d’un scénario, Boiúna possède des racines dans les traditions populaires de l’Amazonie, particulièrement au Brésil. Également connue sous le nom de Cobra Grande, cette entité est décrite, selon différentes versions du folklore, comme un immense serpent aquatique capable de bouleverser la vie des habitants des fleuves.
Certaines histoires lui attribuent le pouvoir de faire chavirer des embarcations, de dévorer des êtres humains ou encore de prendre une apparence trompeuse. Sa présence dépasse toutefois la simple image d’un animal dangereux : elle incarne également la puissance mystérieuse des eaux et les risques encourus par ceux qui perturbent leur équilibre.

Critique de film : Beware Boiúna (2026)
Une créature impressionnante, un film qui manque de mordant. Beware Boiúna possède tous les ingrédients d'un survival horrifique efficace, mais se perd dans une réalisation chaotique et un scénario trop superficiel. Malgré son cadre amazonien, son folklore intrigant et quelques passages réussis, le film peine à installer une véritable tension. Une occasion manquée de transformer une légende fascinante en monstre mémorable du cinéma d'horreur.
Points forts
Points faibles
Ces traditions ne constituent pas un récit unique et immuable. Leurs variantes enrichissent une figure dont la signification oscille entre prédateur, esprit des eaux et manifestation des forces naturelles.
Voilà précisément ce qui aurait pu différencier Beware Boiúna d’un banal film de serpent géant.
La créature ne représente pas seulement une menace physique. Elle pourrait devenir le symbole d’un environnement qui refuse l’appropriation de son territoire. Le scénario effleure cette lecture, notamment à travers les comportements des visiteurs étrangers et les conséquences de leur intrusion, mais n’explore jamais suffisamment les particularités de cette mythologie.
L’occasion était pourtant belle de développer une identité horrifique propre, éloignée des mécanismes traditionnels du cinéma animalier.
Mike P. Nelson privilégie l’agitation au suspense

Réalisateur de Wrong Turn et de Silent Night, Deadly Night, Mike P. Nelson connaît les codes d’un cinéma brutal où la survie se joue souvent dans des espaces isolés.
Dans Beware Boiúna, il dispose d’un décor naturellement oppressant. La végétation réduit la visibilité, les cours d’eau limitent les possibilités de fuite et les terrains instables peuvent transformer le moindre déplacement en piège.
Malheureusement, ces éléments ne sont pas toujours exploités avec la précision nécessaire.
Lorsque le serpent attaque, la caméra adopte fréquemment des mouvements désordonnés. Les cadrages se resserrent, les personnages disparaissent derrière la végétation et le montage enchaîne des fragments d’action sans toujours permettre de comprendre leur enchaînement.
La photographie de Nick Junkersfeld et le montage de Tom Elkins participent ainsi à une impression de désorientation qui devient progressivement fatigante.
Il existe pourtant une différence essentielle entre cacher volontairement une menace et rendre une scène difficile à comprendre. Le premier procédé sollicite l’imagination du spectateur ; le second risque simplement de le détacher de ce qu’il regarde.
Un prédateur aussi massif devrait imposer une logique spatiale : sa position, sa vitesse, la distance qui le sépare des victimes et les obstacles susceptibles de ralentir sa progression. Lorsque ces repères disparaissent, la taille du monstre ne suffit plus à créer le suspense.
La musique de Stephen Lukach renforce régulièrement l’intensité des séquences, mais elle ne peut compenser une action qui manque de construction.
Un casting convaincant, des personnages insuffisamment développés

Le trio principal possède pourtant les qualités nécessaires pour soutenir un récit de survie plus impliquant.
Jessica Rothe apporte à Alli une énergie familière aux amateurs de cinéma fantastique, notamment depuis Happy Death Day. Son personnage constitue une porte d’entrée intéressante dans cet univers, mais son développement souffre des changements de direction du scénario.
Kiana Madeira bénéficie d’un rôle potentiellement plus riche. Lena possède une relation plus directe avec le territoire, connaît ses contraintes et se retrouve confrontée à des choix qui dépassent la simple nécessité de rester en vie. Son interprétation apporte une certaine crédibilité à plusieurs situations autrement excessives.
Face à elles, Logan Marshall-Green compose un antagoniste particulièrement déplaisant. Brennan Malloy incarne l’arrogance d’un homme persuadé que ses intérêts passent avant ceux des autres. Le problème tient moins à son interprétation qu’à une caractérisation qui repose largement sur la brutalité et la domination.
Le film cherche à opposer différentes attitudes face à la nature et aux populations locales, sans donner à cette confrontation toute la profondeur souhaitable.
Les personnages secondaires, souvent réduits à leur fonction dans la progression du danger, n’améliorent pas cette impression. Plusieurs victimes potentielles restent trop peu individualisées pour que leur disparition provoque une émotion significative.
On assiste alors davantage à une succession d’incidents qu’à la désintégration progressive d’un groupe dont on aurait appris à connaître les membres.
Une scène dans la boue révèle ce que le film aurait pu devenir

Au milieu de cette accumulation de poursuites et de confrontations, une séquence se distingue nettement.
Lena se retrouve prisonnière d’une étendue de boue particulièrement profonde. Chaque mouvement risque d’aggraver sa situation et le sol, incapable de lui offrir un appui stable, devient une menace aussi dangereuse que le serpent rôdant à proximité.
L’intérêt de cette scène vient de sa simplicité.
Le spectateur comprend immédiatement les enjeux : la jeune femme ne peut pas s’extraire seule du piège, son environnement restreint ses options et la présence d’un autre personnage introduit une dépendance inquiétante. L’arrivée possible de Boiúna ajoute un danger supplémentaire sans nécessiter une avalanche d’effets visuels.
Pour une fois, la tension se construit grâce à des éléments identifiables et à une progression précise.
Cette situation rappelle les grandes traditions du cinéma d’aventure, où les sables mouvants, les marécages et les obstacles naturels imposaient aux personnages de trouver une solution sous pression.
La séquence prouve que Nelson sait créer une confrontation efficace lorsqu’il accepte de laisser respirer son récit. Elle souligne également, par contraste, les limites des autres attaques : la peur fonctionne bien mieux lorsque le spectateur comprend exactement pourquoi un personnage ne peut pas s’échapper.
Une critique écologique présente, mais jamais vraiment approfondie

Derrière son histoire de reptile meurtrier, Beware Boiúna tente aussi d’aborder la question de l’intervention humaine dans des territoires considérés comme disponibles à l’exploitation.
Les étrangers qui traversent l’Amazonie n’entretiennent pas tous le même rapport avec ce milieu. Certains prétendent venir en aide aux habitants, tandis que d’autres y voient un espace susceptible de satisfaire leurs ambitions personnelles.
Cette opposition aurait pu nourrir un discours intéressant sur la colonisation, la destruction des habitats et les conséquences d’une domination exercée au détriment des populations locales.
Mais les idées demeurent généralement superficielles.
Le scénario associe assez clairement certains comportements destructeurs à une forme de violence morale. Il ne va cependant pas assez loin dans l’exploration des contradictions de ses personnages ni dans la place accordée aux communautés concernées.
La dernière partie, située notamment autour d’un chantier, rend cette intention plus perceptible. Les installations humaines deviennent le théâtre d’un affrontement contre une créature appartenant à ce territoire depuis bien plus longtemps que ses nouveaux occupants.
L’utilisation d’outils mécaniques, dont une tronçonneuse, accentue le contraste entre la puissance technologique humaine et une nature qui refuse de se laisser maîtriser.
Cette confrontation possède une véritable force symbolique, mais elle arrive dans un récit qui n’a pas suffisamment préparé son aboutissement.
Au lieu d’une conclusion marquante sur les rapports entre l’homme et son environnement, le film privilégie finalement les recettes habituelles de l’action horrifique.
Un héritier d’Anaconda qui oublie le plaisir du cinéma de monstres

Comparer Beware Boiúna à Anaconda paraît presque inévitable. Les deux productions réunissent des personnages isolés dans un environnement tropical et les confrontent à un serpent aux dimensions extraordinaires.
Mais la comparaison révèle surtout une différence d’approche.
Le film de 1997 assumait pleinement son caractère extravagant. Ses situations excessives, ses personnages hauts en couleur et son monstre spectaculaire participaient à un divertissement qui n’avait pas peur de son identité de série B.
Mike P. Nelson recherche une atmosphère plus sombre, plus violente et davantage ancrée dans des préoccupations contemporaines.
Ce choix n’a rien de problématique en soi. Un film de créature peut parfaitement adopter un registre sérieux, à condition de construire une dramaturgie suffisamment solide pour le soutenir.
Or Beware Boiúna semble constamment hésiter entre plusieurs propositions : thriller criminel, récit d’expédition, survival sanglant, horreur folklorique et fable écologique.
Plutôt que de s’enrichir mutuellement, ces orientations se succèdent sans toujours former un ensemble cohérent.
Le résultat manque aussi de l’une des principales satisfactions attendues dans ce type de production : découvrir et mesurer réellement la menace. À force d’éviter de montrer clairement le serpent, le film finit par réduire l’impact de son principal argument.
Même les amateurs de cinéma horrifique à petit budget, souvent disposés à accepter des effets imparfaits, risquent de rester sur leur faim.
Verdict :
Beware Boiúna n’est pas totalement dépourvu d’intérêt. Son environnement amazonien, sa créature inspirée de traditions populaires authentiques et quelques moments de tension bien construits offrent un aperçu de ce qu’aurait pu être une aventure horrifique originale.
Le film bénéficie également d’interprètes investis et d’une volonté appréciable de dépasser le simple spectacle animalier en introduisant des considérations humaines et environnementales.
Mais ces qualités restent dispersées dans une narration mal équilibrée. Les scènes d’action confuses, la faiblesse de plusieurs personnages et l’exploitation limitée du folklore empêchent le long métrage d’atteindre ses ambitions.
Le plus regrettable demeure cette impression persistante qu’un projet réellement singulier se dissimule derrière une réalisation trop préoccupée par le mouvement et le bruit.
Avec une mise en scène plus maîtrisée, un véritable travail sur la mythologie et des personnages mieux écrits, Boiúna aurait pu devenir une nouvelle figure marquante du bestiaire horrifique.
Au lieu de cela, elle traverse un film qui semble presque craindre de lui laisser toute la place.
Et lorsqu’arrive le dénouement, une question finit par s’imposer : les intrus méritaient-ils vraiment de gagner contre une créature qui ne faisait, après tout, que défendre son territoire ?
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