Synopsis : Le docteur Kelson noue une relation aussi troublante qu’inattendue dont les répercussions sont susceptibles de bouleverser le monde. De l’autre côté, la rencontre entre Spike et Jimmy Crystal tourne au cauchemar.

Ressenti : L’année dernière, 28 Years Later (28 ans plus tard) a marqué le retour triomphal et presque mythique du duo légendaire composé du réalisateur Danny Boyle et du scénariste Alex Garland dans un univers qu’ils avaient eux-mêmes engendré vingt-quatre ans plus tôt avec 28 Days Later (2002). Ce retour, à la fois attendu et redouté, renouait avec le monde dévasté des infectés par le virus de la Rage, tout en insufflant une énergie nouvelle et une portée allégorique vertigineuse. Le long métrage de Boyle ouvrait clairement la voie à une nouvelle trilogie, mais parvenait tout de même à se suffire à lui-même : cohérent, fiévreux, complet dans son propos et son ambiance.
Sa suite directe, 28 ans plus tard: Le temple des morts, réalisée par Nia DaCosta, ne peut malheureusement pas en dire autant. Là où le film de Boyle brillait par sa fougue et son étrangeté, cette nouvelle itération opte pour une mise en scène plus sage, resserrée, presque confinée. Le résultat ? Une œuvre dont la portée semble rétrécie à l’excès, comme si elle n’était qu’un épisode intermédiaire d’une série plutôt qu’un véritable événement cinématographique.

L’intrigue reprend immédiatement après les événements du précédent volet. On y retrouve Spike (Alfie Williams), survivant malin et désespéré, pris au piège dans les Hautes Terres écossaises. Pour échapper à la mort, il est contraint d’intégrer un groupe de sectaires grotesques et dégénérés, habillés à la manière du tristement célèbre Jimmy Savile. Sous la coupe du terrifiant Sir Lord Jimmy Crystal (Jack O’Connell), ces fanatiques : les “Jimmys” voient en Spike un possible élu après qu’il a vaincu l’un des leurs dans un duel brutal. Dès lors, il est enrôlé dans leur quête morbide : “récolter des âmes” pour Old Nick, autrement dit le Diable lui-même, en écorchant vivants les derniers rescapés humains disséminés dans le nord du pays.
Pendant ce temps, loin de cette folie mystique, le Dr Ian Kelson (Ralph Fiennes) poursuit inlassablement ses recherches aux côtés de Samson (Chi Lewis-Parry), une créature infectée massive appartenant à la classe des “Alphas”. Ces êtres d’une force et d’une intelligence anormales pourraient représenter la dernière chance de l’humanité face au chaos viral. On retrouve ici l’écho des dilemmes moraux et scientifiques qui habitaient déjà 28 Days Later et 28 Weeks Later, mais sous un angle plus désabusé, presque nihiliste.

Il serait sans doute injuste d’exiger de The Bone Temple la même intensité sensorielle qui faisait la singularité du cinéma de Boyle. Nia DaCosta, connue pour ses travaux sur Candyman (2021), adopte une approche plus classique, privilégiant une structure narrative cohérente et un ancrage émotionnel plus réaliste. Toutefois, ce choix stylistique prive le film de la nervosité et de la folie visuelle qui caractérisaient son prédécesseur. L’image, plus froide et contrôlée, se veut sobre — mais ce dépouillement souligne surtout la flamboyance perdue de 28 Years Later.

Sur le plan du scénario, Garland semble lui-même hésiter sur la voie à emprunter. 28 Years Later posait un regard puissant sur le désastre social et politique d’une Angleterre post-Brexit, transposée dans un futur d’une cruauté presque primitive. The Bone Temple, malgré un même désir de juxtaposer références érudites et culture populaire (citations d’Androclès et le Lion entrecoupées d’allusions à Duran Duran ou même à Tinky Winky), n’atteint pas la même portée symbolique. Cette suite ne cherche plus à capturer l’état d’un pays en ruine, mais médite plus modestement et de manière un peu convenue sur la disparition du bien et du mal dans un monde où les actes humains semblent avoir perdu toute signification morale.
Ce questionnement prend corps lorsque le Dr Kelson et Jimmy Crystal se retrouvent face à face, incarnant deux forces idéologiques irréconciliables : la raison scientifique contre la foi dévoyée. Leur confrontation, pleine de tension et de dialogues chargés d’intensité, n’en parvient pas moins difficilement à allumer l’étincelle dramatique qu’elle promet. On savoure ces affrontements verbaux, mais sans jamais retrouver la rage viscérale qui devrait les habiter. Pendant ce temps, Spike, pourtant supposé être le protagoniste central, se voit relégué à un rôle secondaire et un témoin plus qu’un moteur du récit.

Le film s’achève sur une séquence finale empreinte d’un spectaculaire quasi biblique, mêlant feu, sang et jugement dernier. Pourtant, derrière cette explosion visuelle se cache une impression d’impasse narrative. La réapparition d’un personnage emblématique de la saga qui sans doute introduite pour préparer le prochain opus nous donne un frisson de nostalgie, mais aussi une légère impression d’artifice.
En somme, 28 ans plus tard: Le temple des mort souffre du sort habituel réservé aux seconds chapitres de trilogies ambitieuses : trop dépendant du film précédent pour s’en détacher, et trop tourné vers l’avenir pour s’imposer par lui-même. Malgré de solides performances, une atmosphère glaçante et quelques éclairs de violence stylisée, le film de DaCosta reste une transition plutôt qu’un accomplissement. Là où Boyle et Garland nous offraient un cauchemar vibrant d’idées et de symboles, The Bone Temple se contente d’être une halte obscure, intrigante mais incomplète, sur le chemin d’une saga qui, espérons-le, retrouvera bientôt toute sa furie.
On attendait une plongée encore plus brutale dans la démence du monde post-apocalyptique. Au lieu de cela, Nia DaCosta livre un film techniquement correct mais émotionnellement distant, où le virus n’est plus la Rage mais la tiédeur. La mise en scène élégante ne parvient pas à compenser un scénario sans urgence ni intensité. The Bone Temple reste intéressant, parfois envoutant, mais refuse d’être fréquenté jusqu’au bout tout comme ses infectés, il erre, sans âme, entre deux mondes.







