Sorti en 2017 et réalisé par Paco Plaza à qui l’on doit notamment la saga [REC], Verónica plonge les spectateurs dans le Madrid du début des années 1990. Le film raconte le calvaire d’une adolescente qui semble avoir attiré une présence maléfique après avoir participé à une séance de spiritisme dans son école.
Bien que l’intrigue ait été largement romancée, elle trouve son origine dans une véritable affaire espagnole connue sous le nom d’Expediente Vallecas, ou « affaire de Vallecas ». Celle-ci est centrée sur la mort mystérieuse d’une jeune Madrilène, Estefanía Gutiérrez Lázaro, ainsi que sur les phénomènes étranges que sa famille affirma avoir vécus dans son appartement.
La véritable Verónica s’appelait Estefanía

Dans la réalité, la jeune fille qui inspira le personnage de Verónica se nommait Estefanía Gutiérrez Lázaro. Elle vivait avec ses parents et ses frères et sœurs dans le quartier populaire de Vallecas, à Madrid.
Alors qu’elle était adolescente, Estefanía aurait participé avec plusieurs camarades à une séance de Ouija organisée dans son établissement scolaire. Selon les récits les plus souvent rapportés, les jeunes filles souhaitaient entrer en contact avec le petit ami décédé de l’une d’entre elles.

La séance aurait cependant été interrompue par une enseignante qui aurait brisé ou renversé le support utilisé par les adolescentes. À partir de cet épisode, Estefanía aurait commencé à souffrir de crises, d’hallucinations et de phénomènes ressemblant à des convulsions. Elle aurait également affirmé apercevoir des silhouettes sombres et menaçantes autour d’elle.
Une dégradation aussi rapide qu’inexpliquée

Durant les mois qui suivirent, l’état de santé de l’adolescente se serait progressivement détérioré. Sa famille raconta qu’elle était parfois prise de violentes crises, qu’elle poussait des cris soudains et qu’elle semblait terrorisée par des présences que personne d’autre ne pouvait voir.
Le 14 juillet 1991, Estefanía fut hospitalisée après avoir sombré dans le coma. Elle mourut peu de temps après, à seulement 17 ans. Les circonstances médicales exactes de son décès demeurèrent incertaines et furent décrites comme une mort soudaine et suspecte, sans qu’un lien scientifique ait jamais été établi entre sa participation à la séance de Ouija et sa disparition.
C’est toutefois après sa mort que l’affaire prit une dimension beaucoup plus inquiétante.
La maison familiale devient le théâtre de phénomènes étranges

Les parents et les frères et sœurs d’Estefanía affirmèrent que leur appartement de Vallecas était devenu le théâtre de manifestations inexplicables. Ils racontèrent avoir entendu des coups violents frappés contre les murs, des voix provenant de pièces vides et des portes s’ouvrant ou se refermant sans intervention humaine.
La mère de la jeune fille déclara également avoir entendu Estefanía l’appeler depuis différentes pièces de l’appartement. La famille parla d’objets déplacés, de silhouettes traversant les couloirs et de contacts physiques ressentis pendant la nuit.
Une photographie d’Estefanía aurait même été retrouvée partiellement brûlée, le feu ayant principalement endommagé la zone correspondant à son visage sans consumer entièrement le cadre qui l’entourait. Ces événements reposent toutefois essentiellement sur les témoignages de la famille et ne constituent pas des preuves scientifiques de phénomènes surnaturels.
La nuit où la police entra dans l’appartement

Dans la nuit du 27 novembre 1992, plus d’un an après la mort d’Estefanía, la famille Gutiérrez Lázaro contacta la police, affirmant que la situation dans l’appartement était devenue incontrôlable.
Plusieurs agents se rendirent sur place sous la direction de l’inspecteur José Pedro Negri. Le rapport rédigé après leur intervention participa largement à la célébrité de l’affaire.
Les policiers indiquèrent notamment avoir entendu des bruits dont ils ne purent déterminer l’origine. Ils décrivirent également l’ouverture brutale d’une porte d’armoire pourtant fermée et signalèrent avoir observé un crucifix tombé de son support. Des marques ressemblant à des griffures auraient été visibles sur le mur.
Ce que le film a complètement inventé

Paco Plaza ne chercha jamais à reconstituer fidèlement la vie d’Estefanía. Le réalisateur utilisa essentiellement le rapport policier et l’atmosphère entourant l’affaire de Vallecas comme points de départ.
Dans le film, Verónica profite d’une éclipse solaire pour organiser une séance de spiritisme avec deux camarades. Elle tente de contacter son père décédé, puis devient la cible d’une force démoniaque qui menace également ses jeunes frères et sœurs.
La véritable Estefanía ne portait donc pas le prénom de Verónica. Rien ne permet non plus d’affirmer qu’elle fut possédée, qu’un démon attaqua ses proches ou qu’elle vécut les scènes spectaculaires montrées dans le long métrage.
Les frères, les sœurs et la dynamique familiale présentés à l’écran furent en grande partie créés pour les besoins du récit. Paco Plaza a lui-même expliqué qu’il ne se sentait pas obligé de respecter précisément les faits et que les personnages du film constituaient sa propre interprétation de l’affaire.
Une affaire aujourd’hui fortement remise en question

Pendant plusieurs décennies, l’affaire de Vallecas fut présentée comme l’un des dossiers paranormaux les plus célèbres d’Espagne. Elle fut abondamment relayée par la télévision, la presse et les émissions consacrées à l’occultisme.
Des témoignages ultérieurs de membres de la famille ont cependant fragilisé la version surnaturelle. Certains ont évoqué des mises en scène, des plaisanteries cruelles, des manipulations et une forte exploitation médiatique du deuil familial.
La série documentaire espagnole Expediente Vallecas, diffusée en 2025, a notamment réexaminé l’affaire à travers les souvenirs des frères et sœurs d’Estefanía. Elle présente une histoire davantage liée au traumatisme, à la peur, à la suggestion et à la pression médiatique qu’à une véritable possession démoniaque.
Une réalité moins spectaculaire mais profondément tragique

Aucune preuve scientifique ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’Estefanía Gutiérrez Lázaro fut victime d’une possession ou qu’une entité hantait réellement l’appartement familial.
En revanche, certains éléments sont bien réels : une adolescente est morte dans des circonstances demeurées obscures, sa famille a traversé une période de peur et de deuil intense, et des policiers ont rédigé un rapport mentionnant plusieurs incidents qu’ils ne purent expliquer sur le moment.
C’est précisément cette zone trouble entre faits, témoignages, croyances et légende populaire qui rend l’histoire de Verónica aussi fascinante. Derrière les apparitions démoniaques du film se cache moins une preuve du surnaturel que le récit tragique d’une famille dont le malheur est devenu, pendant des années, l’une des plus célèbres histoires de fantômes d’Espagne.






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