Critiques

Critique de film : Backrooms (2026)

Kane Parsons transforme le phénomène viral en cauchemar cinématographique fascinant, malgré une mythologie parfois trop explicative.

Note3,5/5

Synopsis : Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles.

Ressenti : Pendant longtemps, les grands mythes horrifiques ont été façonnés par la littérature, les légendes urbaines ou le cinéma. Backrooms appartient à une autre époque. Son imaginaire s’est construit sur des forums, des vidéos YouTube, des images anonymes et des récits collectifs développés par des internautes. Cette origine numérique n’est pas un simple argument marketing : elle influence profondément la manière dont le film conçoit la peur.

Pour son passage au grand écran, Kane Parsons ne cherche pas à reproduire mécaniquement les codes de sa websérie. Il utilise plutôt son concept comme le point de départ d’un récit sur le deuil, la culpabilité, la mémoire et l’impossibilité d’échapper à certains traumatismes. Le résultat est un film d’horreur ambitieux, visuellement saisissant et parfois réellement oppressant, même si son besoin de développer une mythologie complexe finit par affaiblir une partie de son mystère.

Clark, interprété par Chiwetel Ejiofor dirige un magasin de meubles dont les jours semblent comptés. Son entreprise décline, sa vie sentimentale s’est brisée et les publicités locales dans lesquelles il apparaît ne suffisent plus à sauver un commerce déserté par les clients.

Chiwetel Ejiofor dans Backrooms (2026)
Chiwetel Ejiofor dans Backrooms (2026)

Derrière son apparente banalité, Clark est un homme profondément isolé. Ses consultations avec la docteure Mary Kline incarnée par Renate Reinsve ressemblent davantage à des tentatives désespérées pour maintenir un lien avec le monde qu’à un véritable processus de guérison.

Tout bascule lorsqu’une panne électrique révèle une anomalie dans le sous-sol du magasin. Derrière un mur qui ne devrait mener nulle part se trouve un passage vers un espace impossible : une succession de pièces jaunâtres, de bureaux vides, de couloirs interminables et de constructions ne répondant à aucune logique architecturale.

Clark comprend rapidement qu’il ne s’agit pas d’une simple extension oubliée du bâtiment. Le lieu semble modifier les distances, répéter certains éléments et produire des copies imparfaites du monde réel. Pourtant, lorsqu’il raconte cette découverte à sa thérapeute, celle-ci suppose d’abord que son patient traverse un nouvel épisode de détresse psychologique.

Critique de film : Backrooms (2026)
Critique de film : Backrooms (2026)
CONCLUSION
Backrooms réussit à transformer un phénomène né sur Internet en une expérience cinématographique oppressante et visuellement marquante. Kane Parsons exploite parfaitement les espaces liminaux, les couloirs interminables et le silence pour installer une tension constante. Porté par de solides interprétations, le film trouve aussi une vraie dimension émotionnelle à travers le parcours de Clark. Il perd toutefois une partie de son pouvoir lorsqu’il cherche à trop expliquer sa mythologie, surtout dans son dernier acte. Une adaptation ambitieuse et immersive, imparfaite mais très prometteuse.
Note des lecteurs1 Note
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POSITIF
Une atmosphère inquiétante et immersive
Des décors physiques impressionnants
Une excellente utilisation des espaces liminaux
Une réalisation visuelle inventive
Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve convaincants
Un univers original issu de la culture Internet
NEGATIF
Un troisième acte trop explicatif
Une partie du mystère progressivement dissipée
Quelques facilités dans le scénario
Une mythologie parfois difficile à suivre
Certaines séquences moins efficaces que l’ambiance générale
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3.5

Pour prouver qu’il ne délire pas, Clark sollicite Bobby et Kat deux vidéastes amateurs chargés de documenter l’anomalie. L’expédition tourne cependant au piège. Une présence hostile surgit dans le labyrinthe et Clark disparaît derrière le mur, poussant Mary à entrer à son tour dans cet espace pour tenter de le retrouver.

Le concept des Backrooms est apparu en 2019 sur le forum 4chan, lorsqu’une photographie représentant une pièce vide aux murs jaunes a été accompagnée d’un court récit évoquant la possibilité de sortir accidentellement de la réalité, comme un personnage traversant un décor dans un jeu vidéo.

Cette idée de « noclip » a rapidement été enrichie par des milliers d’internautes. Des niveaux, des créatures, des organisations secrètes et de nouvelles règles ont progressivement transformé une simple image inquiétante en mythologie collaborative. La photographie originale a depuis été reliée à un ancien magasin HobbyTown du Wisconsin photographié pendant des travaux de rénovation.

Renate Reinsve dans Backrooms (2026)
Renate Reinsve dans Backrooms (2026)

Kane Parsons s’est approprié ce folklore en 2022 avec The Backrooms (Found Footage), une vidéo dans laquelle un caméraman tombe dans cette dimension après avoir traversé accidentellement le sol. Grâce à Blender et à des effets visuels réalisés presque seul, le jeune créateur a donné au concept une cohérence esthétique et narrative qui dépassait les différentes interprétations circulant sur Internet.

Le succès de cette série a attiré l’attention d’A24 et de producteurs comme James Wan et Shawn Levy. Parsons qui n’avait qu’une vingtaine d’années au moment de la sortie du film, s’est ainsi retrouvé à la tête d’un long métrage porté par des acteurs reconnus et une infrastructure de production sans commune mesure avec ses premières vidéos.

La principale réussite de Backrooms réside dans sa capacité à rendre tangible un environnement qui semblait pourtant indissociable des images numériques.

Plutôt que de placer constamment les acteurs devant des fonds virtuels, la production a construit environ 30 000 pieds carrés de décors, soit près de 2 800 mètres carrés. Kane Parsons a également préparé une grande partie du film en modélisant préalablement les espaces dans Blender prolongeant ainsi sa méthode de création originale à une échelle industrielle.

Finn Bennett et Lukita Maxwell dans Backrooms (2026)
Finn Bennett et Lukita Maxwell dans Backrooms (2026)

Ce choix donne au labyrinthe une présence physique remarquable. Les comédiens ne semblent pas simplement évoluer dans un environnement ajouté en postproduction : ils paraissent réellement écrasés par les plafonds trop bas, perdus dans les couloirs et enfermés dans une architecture sans issue.

Le chef décorateur Danny Vermette multiplie les variations autour de lieux volontairement ordinaires. Salles d’attente, bureaux sans fenêtres, espaces commerciaux désertés, réserves et couloirs techniques composent un monde familier dont chaque détail semble légèrement incorrect.

La couleur jaune, les moquettes humides et la lumière fluorescente ne servent pas uniquement à reproduire l’image emblématique des Backrooms. Elles créent une impression d’épuisement visuel. À force d’être exposé aux mêmes murs et aux mêmes éclairages, le spectateur perd progressivement ses repères, tout comme les personnages.

Le film évite également de transformer trop rapidement son univers en parcours de maison hantée. Ses séquences les plus efficaces ne reposent pas sur l’apparition d’une créature, mais sur l’attente. Une porte trop petite, un bruit situé hors champ ou un objet déplacé suffisent à faire naître la menace.

Le choix de placer l’entrée des Backrooms sous un magasin de meubles est particulièrement pertinent. Ce commerce presque vide devient le prolongement naturel du labyrinthe : un espace créé pour accueillir des clients, mais désormais privé de toute activité humaine.

Le film exploite ainsi l’étrangeté des centres commerciaux vieillissants, des boutiques abandonnées et des bâtiments professionnels devenus inutiles. Ces lieux avaient été conçus comme des symboles de prospérité, de consommation et de stabilité. Une fois désertés, ils ressemblent à des décors construits pour une civilisation qui aurait soudainement disparu.

Cette lecture donne à Backrooms une dimension générationnelle intéressante. Pour une partie du public né avec Internet, l’angoisse ne vient plus nécessairement d’un château en ruine ou d’une maison victorienne. Elle peut naître d’un centre commercial silencieux, d’un bureau éclairé toute la nuit ou d’une aire de jeux vide.

Le film comprend que ces espaces ne sont pas effrayants parce qu’ils sont inconnus, mais parce qu’ils sont presque reconnaissables. Ils semblent appartenir à un souvenir collectif dont personne ne parvient à identifier précisément l’origine.

Chiwetel Ejiofor dans Backrooms (2026)
Chiwetel Ejiofor dans Backrooms (2026)

Le scénario de Will Soodik utilise cette architecture pour matérialiser la détresse intérieure de Clark. Les Backrooms fonctionnent simultanément comme une dimension autonome et comme la projection possible de son état psychologique.

Chaque couloir suggère une pensée répétitive. Chaque pièce reproduite évoque un souvenir que l’esprit serait incapable de classer ou d’abandonner. Même les meubles, lorsqu’ils apparaissent sous des formes déformées ou dans des configurations impossibles, renvoient à la vie professionnelle de Clark et à son incapacité à se détacher de ce qu’il a perdu.

Cette approche empêche le film de devenir une simple exploration de niveaux inspirés de la mythologie en ligne. La progression dans le labyrinthe possède un enjeu émotionnel : retrouver Clark signifie également comprendre ce qui l’a conduit à s’y enfermer.

Chiwetel Ejiofor apporte au personnage une vulnérabilité qui contraste avec la froideur du décor. Clark n’est pas présenté comme un explorateur intrépide, mais comme un homme fatigué qui découvre un lieu aussi désordonné que son propre esprit.

Renate Reinsve bénéficie d’un rôle plus délicat. Mary doit conserver une certaine distance professionnelle tout en affrontant la culpabilité d’avoir douté de son patient. L’actrice parvient à rendre crédible cette évolution sans transformer le personnage en héroïne conventionnelle. Sa peur demeure contenue, presque clinique, jusqu’à ce que les règles du monde qu’elle connaissait cessent définitivement de fonctionner.

Là où Backrooms se montre moins convaincant, c’est lorsqu’il tente d’organiser son univers avec trop de précision.

Chiwetel Ejiofor dans Backrooms (2026)
Chiwetel Ejiofor dans Backrooms (2026)

La force initiale du concept repose sur l’absence d’explication. Personne ne sait pourquoi ces pièces existent, qui les a construites ou ce qu’elles attendent des individus qui y tombent. Cette ignorance laisse l’imagination du spectateur travailler et rend chaque anomalie plus inquiétante.

Or, le troisième acte introduit une quantité importante d’informations. Le film cherche à relier les phénomènes, à préciser certaines règles et à préparer d’éventuelles extensions de son univers. Ces révélations intéresseront probablement les spectateurs familiers de la websérie, notamment ceux qui connaissent les expérimentations de l’institut Async et les différentes théories entourant la dimension.

Elles produisent toutefois un effet paradoxal. Plus le récit décrit le fonctionnement des Backrooms, plus ceux-ci deviennent un univers de science-fiction identifiable. L’espace cesse progressivement d’être une anomalie incompréhensible pour devenir un système que l’on pourrait théoriquement cartographier.

Quelques raccourcis narratifs sont également visibles. Certains personnages comprennent rapidement des phénomènes qui devraient les dépasser, tandis que plusieurs éléments semblent placés dans le décor avant tout pour guider le récit. Ces facilités ne détruisent pas l’expérience, mais elles rappellent que le scénario doit parfois forcer son concept abstrait à entrer dans la structure plus traditionnelle d’un long métrage.

Renate Reinsve dans Backrooms (2026)
Renate Reinsve dans Backrooms (2026)

Malgré ses imperfections, Backrooms représente une étape importante dans l’évolution de l’horreur contemporaine. Il ne s’agit pas simplement d’un studio adaptant une propriété populaire auprès des jeunes spectateurs. A24 a confié le projet à l’un des créateurs qui avaient défini son identité visuelle sur Internet.

Ce choix risqué s’est transformé en succès commercial majeur. À la mi-juillet 2026, le film avait dépassé 360 millions de dollars de recettes mondiales après un démarrage nord-américain supérieur à 81 millions. Il est également devenu le premier film d’A24 à franchir les 100 millions de dollars sur le seul marché américain.

Ces chiffres ne garantissent évidemment pas la qualité d’un film, mais ils confirment l’existence d’un public pour des projets d’horreur issus de cultures numériques longtemps considérées comme trop marginales ou trop abstraites pour le grand écran.

Notre avis sur Backrooms

Backrooms est plus impressionnant lorsqu’il laisse parler ses espaces que lorsqu’il tente d’expliquer leur origine. Kane Parsons possède déjà une compréhension remarquable de la composition, du son et de la peur provoquée par l’attente. Ses couloirs vides racontent souvent davantage que les dialogues chargés de préciser la mythologie.

Le film n’atteint pas toujours la radicalité promise par son concept. Sa volonté d’humaniser le récit fonctionne grâce à ses interprètes, mais certaines révélations réduisent l’inquiétante étrangeté du labyrinthe. Une approche encore plus minimaliste aurait probablement rendu l’expérience plus dérangeante.

Pour un premier long métrage, l’ensemble reste néanmoins impressionnant. Parsons réussit à préserver l’identité de ses créations numériques tout en exploitant les possibilités physiques du cinéma. Il signe une œuvre étrange, ambitieuse et immédiatement reconnaissable, capable de séduire les connaisseurs comme les spectateurs découvrant cet univers.

Backrooms ne maîtrise pas encore toutes les ramifications de son immense labyrinthe, mais il ouvre une porte que le cinéma d’horreur aura certainement envie de franchir à nouveau.

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