Synopsis : Peinant à terminer son dernier roman, l’Américain Ohm Bauman décide de se rendre en Irlande afin de s’acquitter d’une promesse longtemps différée: répandre les cendres de ses parents à proximité de l’hôtel où le couple avait passé son voyage de noces. Peu après son inscription dans ce même établissement, l’écrivain apprend de la bouche de la barmaid Fiona que la suite nuptiale, interdite d’accès, serait hantée par une sorcière. Quand la jeune employée disparaît mystérieusement, et que des soupçons pèsent sur un vieil homme au passé tragique vivant dans le bois voisin, Bauman ouvre sa propre enquête.

Ressenti : Avec deux autres films d’horreur à son actif (« Caveat », « Oddity »), Damian McCarthy maîtrise l’art de créer des scènes angoissantes dans des lieux banals mais ici, l’accumulation d’idées dans son bouillonnement créatif aboutit à un mélange complexe et dur a suivre.
Dès le premier acte, McCarthy place plusieurs personnages dans et autour de l’hôtel au charme désuet où séjourne Ohm, instaurant ainsi un climat de suspicion chez le spectateur. Il y a le propriétaire âgé (Brendan Conroy), dont la seule apparition le montre effrayant deux enfants en leur racontant l’histoire d’une sorcière maléfique issue des contes populaires. Témoin dédaigneux de cette scène, Ohm révèle son caractère antagoniste. Il souhaite qu’on le laisse travailler en toute tranquillité, mais étant un auteur de renom, sa présence intrigue les employés, notamment le réceptionniste bien intentionné Mal (Peter Coonan). Adam Scott exploite pleinement ses talents d’acteur, avec un jeu ironique et un humour pince-sans-rire impeccable. Dès les premières scènes, il rabaisse cruellement Alby (Will O’Connell), un groom timide et aspirant écrivain. Scott confère à la méchanceté désinvolte d’Ohm une froideur perverse qui le rend totalement antipathique. C’est un imbécile arrogant, pas sympathique pour un sou .

Jerry (David Wilmot), un vagabond vivant dans sa camionnette, entretient une animosité avec Fergal (Michael Patric), le fils acariâtre du propriétaire de l’auberge. Cette animosité jouera un rôle déterminant dans le chaos qui s’ensuivra. Et puis il y a Fiona (Florence Ordesh), une barmaid dont la conversation avec Ohm l’initie au mystère de la suite nuptiale, inoccupée depuis des années. Fiona et Alby suggèrent qu’une sorcière pourrait en être la cause. Ohm, cynique et sceptique, rejette leurs affirmations. Cette même nuit d’Halloween, une tentative de suicide et une disparition ébranlent le vieil hôtel. McCarthy entraîne alors Ohm dans une quête de vérité, à la recherche de Fiona. Il finit par arriver dans la redoutable suite nuptiale.
Le temps qu’Ohm passe piégé dans cette chambre interdite, une nuit entière dans une quasi-obscurité éclairée seulement par une petite lampe, est à l’origine des moments les plus terrifiants du film. Mais à mesure que des informations sur ce qui se trame dans cet établissement se dévoilent, de nouvelles questions surgissent quant à la cohérence de l’ensemble. Le talent du directeur de la photographie Colm Hogan permet de conserver une netteté parfaite de chaque objet et de chaque Scott durant cette longue séquence où tout semble baigner dans des teintes grises. Les équipements désuets de l’hôtel et son aspect général – on perçoit presque une odeur de renfermé émanant de ses installations poussiéreuses – servent le récit : une vieille sonnette qui communique avec la réception ou ce qui ressemble à un monte-charge descendant au sous-sol sont des éléments essentiels au déroulement de l’intrigue. McCarthy utilise avec finesse des éléments de décor spécifiques pour accentuer le malaise qui règne dans ces séquences.

Des visions cauchemardesques de l’enfance d’Ohm, impliquant sa mère, suggèrent que son traumatisme personnel le hante également, au-delà de la sorcière qu’Alby prétend avoir déjà vue. Bien qu’extrêmement troublante, une scène où un téléviseur diffuse une version déformée d’un personnage qu’Ohm regardait enfant semble déplacée, même si le contexte évoque la mort tragique de sa mère. À ces apparitions s’ajoute un ennemi humain, dont les motivations restent floues. Ce mélange de fantômes, de pratiquants de magie noire et d’un méchant de chair et d’os transforme « Hokum » en un enchevêtrement surnaturel et foisonnant. En ce sens, le film est à la hauteur de son titre : un assemblage d’éléments étranges et démesurés.
Le précédent film de McCarthy, « Oddity », qui racontait l’histoire d’un esprit hantant une maison, explorait plus en profondeur les présences invisibles interagissant avec le monde des vivants avec des intentions bienveillantes. Néanmoins, « Hokum » regorge d’images terrifiantes qui sauront satisfaire les amateurs de frissons. Ces plans se présentent principalement sous la forme de visages ou de masques horrifiants qui surgissent furtivement de l’obscurité. Sans doute aucun n’égale le choc d’une scène particulière d’« Oddity », mais McCarthy maîtrise le langage et le timing pour les utiliser et réussir à surprendre le spectateur.

McCarthy déjoue les attentes en révélant que la plupart des personnages sont l’antithèse des archétypes qu’ils incarnaient, mais cela ne rend pas pour autant « Hokum » plus original. Le désir du réalisateur d’étoffer le passé de Jerry, au-delà de sa vie en marge de la société, ne s’étend pas aux autres personnages, mais crée un lien étrange, presque morbide, entre lui et Ohm : tous deux se sentent jugés suite au décès d’un être cher. Porté par l’interprétation sobre de Scott qui ne se transforme pas en machine à hurler , « Hokum » est une œuvre d’horreur efficace qui mise sur l’atmosphère plutôt que sur le gore, même si ses nombreuses intrigues angoissantes semblent décousues à l’image de chambres d’hôtels très différents.
Hokum a de vraies qualités de mise en scène et d’ambiance, mais ses longueurs, son récit chargé et son manque d’impact émotionnel empêchent le film de vraiment convaincre sur toute la durée

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